François Legault a su sauver les meubles après une semaine pénible pour lui et son parti.

Un débat sous haute tension

ÉDITORIAL / À défaut d’avoir de la passion, il y avait certainement de la tension, jeudi soir, sur le plateau du débat organisé par TVA. Poussé dans les câbles, François Legault a su sauver les meubles après une semaine pénible pour lui et son parti. La véritable gagnante demeure toutefois Manon Massé, qui a bien performé une fois de plus.

Les chefs des quatre partis représentés à l’Assemblée nationale avaient tous des objectifs différents pour la communication de leur message lors de ce débat. Le grand perdant est sans contredit le chef péquiste Jean-François Lisée, qui avait pourtant bien fait lors des deux premiers débats.

Dès le premier thème portant sur la santé, l’éducation et la famille, le chef péquiste Jean-François Lisée a voulu se montrer pugnace. C’était toutefois une mauvaise idée de vouloir insister sur la nécessité de poser une «question préalable» à Manon Massé quant au véritable leadership au sein de Québec solidaire.

Rappelé à l’ordre par Pierre Bruneau – qui s’est invité dans le débat un peu trop souvent –, M. Lisée insistait sur le bien-fondé de sa question, même lorsque le sujet débattu portait sur les soins dentaires.

La stratégie de la robustesse, qui visait à écorcher Manon Massé et Québec solidaire probablement parce qu’ils grugent de plus en plus de votes au Parti québécois, n’a pas servi Jean-François Lisée. Le reste du débat a semblé plus laborieux pour le chef péquiste, visiblement conscient que sa stratégie s’est retournée contre lui.

Pourtant, il est fort probable qu’on n’ait pas fini d’entendre parler de cette «force occulte» qui semble diriger Québec solidaire, du moins si on se fie à Jean-François Lisée.

Il fallait s’y attendre, la question du jour visant à savoir si un budget d’épicerie de 75 $ était suffisant pour nourrir une famille d’un adulte et de deux enfants pendant une semaine était au menu – sans mauvais jeu de mots – de ce débat. Dès les premières minutes du débat, il a été question de cet «éléphant dans la pièce», pour reprendre les paroles de Pierre Bruneau.

Philippe Couillard, qui a été malmené sur les réseaux sociaux et dans les commentaires de certains intervenants à la suite de sa réponse positive à la question posée par un animateur de radio, a affronté la question en nuançant – encore – ses propos. Il a choisi de ramener la question à un cas personnel. Des gens, près de lui, doivent vivre avec ce montant de 75 $ d’épicerie. «Ça existe, il faut le reconnaître. Et c’est malheureux», a-t-il habilement insisté.

Ses adversaires auraient certainement voulu que sa réponse sur les ondes d’Énergie soit la pelure de banane sur laquelle aurait trébuché le chef libéral. Or, la gestion des dommages a été habile et Philippe Couillard lui-même a su prendre le taureau par les cornes. Toujours confronté aux conséquences de l’austérité qui a marqué les trois premières années de son mandat, le chef libéral a livré une performance honnête, mais sans éclat.

Lors du débat, François Legault a lui aussi dû faire acte d’humilité en reconnaissant qu’il n’avait pas réponse à tout. «Je ne suis pas parfait. Ça m’arrive de faire des erreurs, comme je l’ai fait en répondant à une question sur l’immigration», a-t-il mentionné. Il aurait fallu davantage de cette sincérité pour que le chef de la CAQ espère marquer des points plutôt que de simplement stopper l’hémorragie dans les intentions de vote.

Parce que le François Legault qu’on a vu jeudi était nerveux, crispé. Difficile, pour lui, de se rendre sympathique et souriant dans un contexte où il devait éviter tout faux pas, ce qui lui aurait été fatal.

Le débat de jeudi aura permis d’aborder des thèmes passés sous le radar jusqu’à maintenant, notamment la laïcité et le port de signes religieux, la corruption et, dans une certaine mesure, la souveraineté et les relations fédérales-provinciales.

Difficle de dire si ce débat aura un impact sur les intentions de vote, intentions qui sont toujours très volatiles, mais chose certaine, il vient relancer certains débats et vient soulever de nouvelles questions.

À dix jours du scrutin, la fin de cette campagne sera tout sauf tranquille.