La conseillère Ginette Bellemare a assisté aux deux dernières séances du comité exécutif en tant que mairesse suppléante.

Un changement de culture

Le brassage de cartes au comité exécutif de la Ville de Trois-Rivières cache autre chose qu’un simple remaniement. Lentement mais sûrement, on y observe un changement de culture important, duquel pourrait découler une présence accrue de celui ou celle qui succédera à Yves Lévesque à la mairie.

Théoriquement, il ne devrait même pas y avoir de débat sur ce sujet. Mais le maire démissionnaire a causé un étrange précédent en occupant la présidence du comité exécutif mais en étant absent de près de 95 % des réunions de celui-ci au cours des quatre ou cinq dernières années. L’ex-maire Lévesque ne jugeait pas pertinent d’assister aux séances généralement bimensuelles du comité exécutif.

Mais voilà que depuis qu’on a appris la démission – non encore officielle – du maire, la mairesse suppléante, Ginette Bellemare, assiste aux réunions et les préside. Celle qui devrait être confirmée comme mairesse par intérim jusqu’à la tenue d’une élection partielle a déjà pris la place qui revient au maire au sein de l’exécutif.

Les absences presque systématiques d’Yves Lévesque au comité exécutif ont beaucoup fait jaser ces dernières années. Certains conseillers municipaux ne cachaient pas leur malaise face à cette situation. Lors de la campagne électorale de 2017, c’est l’ex-greffier de la Ville, Me Gilles Poulin, qui a soulevé cette situation qu’il qualifiait d’inacceptable et de scandaleuse.

L’ex-greffier avait indiqué que si le maire avait agi de la sorte pour les séances publiques du conseil, il aurait été destitué après 90 jours. Mais comme la loi est muette concernant l’assiduité aux réunions du comité exécutif, il pouvait en être absent sans craindre de représailles.

Il est souhaitable que la mairesse suppléante ou mairesse par intérim préside les réunions de ce comité essentiel au bon fonctionnement de l’administration municipale. On y traite, notamment, les contrats de plus de 25 000 $ mais n’excédant pas 100 000 $, l’acquisition, la vente ou la location d’immeubles, l’octroi de subventions de 5000 $ ou moins à des organismes sans but lucratif, la nomination d’employés à divers postes ou les réclamations de moins de 10 000 $.

Le comité exécutif joue deux rôles, essentiellement. Il permet d’alléger les assemblées régulières du conseil municipal, en regroupant certaines résolutions ou décisions souvent automatiques. D’autre part, il permet de poser certains gestes dans des délais plus courts que s’il fallait passer par la tenue d’une assemblée du conseil. L’exécutif est donc un outil de rapidité et d’efficacité. Et puisqu’il s’y prend des centaines voire des milliers de décisions par année, il est essentiel que le maire y siège.

Il est utile de rappeler que le comité exécutif de la Ville compte cinq membres. Le maire en est d’office le président. Jusqu’à récemment, les conseillers qui étaient appelés à en faire partie recevaient une prime de près de 7000 $. Le vice-président ou la vice-présidente voyait son salaire de conseiller bonifié d’environ 20 000 $, ce qui était considérable. Mais la récente réforme de la rémunération «à coût nul» des élus municipaux prévoyait la fin de ces primes associées à des fonctions pour qu’elles soient réparties équitablement entre tous les élus. Certains siègent à des comités pour lesquels il n’y avait pas de rémunération additionnelle.

Cette initiative du conseil actuel a non seulement comme effet de rendre plus équitable le traitement des élus mais aussi de dépolitiser en partie les nominations à l’exécutif. Depuis sa création, en même temps que la naissance de la nouvelle ville, le comité exécutif et ses généreuses primes servaient souvent de récompense politique à des conseillers fidèles.

Même s’il n’y a plus d’incitatif financier pour y être nommé, l’exécutif demeure un comité hautement stratégique. Le fait que la mairesse suppléante y prenne le rôle qu’elle doit jouer envoie un message clair au prochain titulaire du poste.