Yves Lévesque

Un cadeau doux-amer

Bien sûr, le maire Lévesque ne le dira pas à haute voix, mais le budget 2017 présenté lundi à Trois-Rivières est essentiellement un budget d'année électorale. Pas de baisse de taxes, pas de gel non plus. On parle ici d'une hausse si légère qu'on dirait qu'elle a été conçue pour ne pas trop attirer les soupçons de cadeau à forte saveur électoraliste.
La Ville de Trois-Rivières sert une augmentation de taxes de 0,9 % à ses contribuables. C'est relativement peu. Pour une maison unifamiliale dont la valeur serait de 178 000 $, ce qui constitue une valeur moyenne sur le territoire de la ville, la hausse est de 22,86 $ par rapport à l'année qui se termine.
Non, ce n'est pas énorme.
Mais oui, c'est une autre augmentation.
À Trois-Rivières, c'est maintenant une tradition annuelle. Parce que le maire considère qu'il n'a absolument pas le choix de tenir compte de la hausse de l'inflation. Habituellement, les augmentations de taxes ou l'impact de celles-ci se collaient à la hausse de l'indice des prix à la consommation.
Que la hausse soit mince, c'est une bonne nouvelle pour les contribuables. Mais cette augmentation était-elle justifiée? Il y a tout un débat là-dessus. 
Il faut savoir que Trois-Rivières nage dans les surplus budgétaires année après année. En 2015, la Ville a dégagé un surplus de 10,2 millions $. Cela représentait environ 4 % du budget total de pour cette même année.
En fait, si on regarde un peu plus loin, on remarque qu'entre 2007 et 2015 inclusivement, Trois-Rivières a dégagé des surplus budgétaires totalisant 89,2 millions $, ce qui donne une moyenne annuelle d'environ 10 millions $. C'est un montant considérable pour une ville de la taille de Trois-Rivières.
En principe, comme les villes ne peuvent pas légalement faire de déficit, elles présentent des budgets équilibrés et règle générale, elles dégagent des surplus. La ligne est mince lorsque vient le temps de déterminer ce que serait un surplus acceptable par rapport à un surplus outrancier.
Ce sont ces surplus, peu importe le qualificatif qu'on leur attribue, qui font que la hausse des taxes, même légère, laisse un goût amer.
Et si on se compare, on peut dire que la hausse est bien mince si on la compare à celle d'autres villes semblables, comme Saguenay où elle sera de 3,8 %. Mais on pourrait aussi comparer avec Québec, qui a fait le choix de geler les taxes, ce qui est autrement plus électoraliste que ce que vient de faire Trois-Rivières.
On peut certainement saluer la détermination des élus trifluviens de réduire la dette à long terme de la Ville. Il y a trois ans, Trois-Rivières s'est dotée d'une politique de gestion de la dette qui prévoit qu'au moins 25 % des surplus doivent être consacrés au remboursement de la dette. La Ville s'applique à le faire chaque année depuis et on en voit les effets sur le ratio d'endettement par rapport à la richesse foncière uniformisée. À cela, la Ville ajoute parfois des montants additionnels comme versements sur la dette.
Et puisque la dette est un élément qui frappe l'esprit et qui est souvent sensible dans l'opinion populaire, le maire vient de ressortir le fameux baromètre de la dette. C'est une image forte, certes, mais c'est tellement subjectif. Personne ne semble avoir la même définition de la dette. Et si on veut vraiment voir le baromètre à zéro un jour, on en a pour quelques dizaines de décennies.
Le conseil trifluvien vient de faire son cadeau des Fêtes aux contribuables. Un cadeau doux-amer s'il en est un, puisqu'il est avant tout un rappel que les élections s'en viennent.