Maxime Bernier

Un cadeau empoisonné?

ÉDITORIAL / Maxime Bernier pourra participer aux débats des chefs qui auront lieu les 7 et 10 octobre. C’est la décision que vient de rendre le commissaire aux débats, David Johnston, après une contestation de la part du chef du Parti populaire du Canada lui-même, qui en avait d’abord été exclu. C’est une bonne nouvelle pour le Beauceron et pour la démocratie en général. Mais pour le principal intéressé, ça peut être une arme à double tranchant. Ou un cadeau empoisonné.

Après la décision préliminaire rendue en août dernier, Maxime Bernier a réussi à faire la démonstration que son parti avait de «véritables possibilités» de faire élire plus d’un candidat, comme le stipule un des critères dont la Commission des débats tenait compte.

Mais au-delà des critères élaborés pour justifier une participation aux débats, il y a la nécessité de faire le constat que la présence du chef du PCC était devenue incontournable. Maxime Bernier et son parti présentent des candidats d’un océan à l’autre, dans 320 circonscriptions sur 338 selon les plus récentes données publiées sur le site web du Parti populaire du Canada. Ajoutons à cela le fait que depuis plusieurs mois, le parti et son chef occupent aussi une place considérable dans la couverture journalistique et dans les débats publics. Ce sont des constats que fait aussi, maintenant, le commissaire Johnston.

Le débat politique entourant cette campagne électorale méritait que Maxime Bernier ait sa place. Qu’on soit d’accord ou non avec ses idées ou ses propos, il a une crédibilité technique évidente.

Là où cette place aux débats peut devenir hasardeuse pour sa campagne électorale, c’est dans la crédibilité idéologique. Ou du moins dans la façon qu’il a d’exprimer certaines de ses convictions. Si Maxime Bernier maintient le ton populiste qui l’a plutôt mal servi jusqu’à maintenant, sa performance à ces débats pourrait en souffrir et, conséquemment, les appuis pourraient s’effriter.

Il suffit de rappeler son plus récent dérapage concernant la jeune militante environnementaliste Greta Thunberg – qu’il avait qualifiée de «mentalement instable» – pour constater que si l’homme est capable de se caler par une série de tweets, il doit sûrement être capable de se mettre les pieds dans la bouche et lancer quelques âneries semblables en plein débat.

Que Maxime Bernier se soit excusé des tweets irrespectueux et certainement indignes d’un homme politique ne l’immunise pas contre d’autres bévues possibles. Surtout que sa stratégie populiste inclut certainement un franc-parler qui trouve écho auprès d’une partie de la population. Et généralement, ce franc-parler se déclame sur des sujets qui divisent: environnement, réchauffement climatique, rôle des médias, immigration, discours identitaire et rectitude politique, notamment.

Si Maxime Bernier devait glisser sur quelques peaux de bananes lors du débat, ses adversaires ne manqueront pas l’occasion de le souligner à grands traits. Peut-être que le Maxime Bernier que l’on verra aux débats devra être une version édulcorée de celui qu’on connaît, notamment sur Twitter. S’il veut clairement exposer les idées de son parti et ratisser plus large qu’une poignée de convaincus, il devra être plus modéré.

C’est peut-être pour cette raison que le chef conservateur Andrew Scheer ne voit pas d’un très bon œil la décision du commissaire aux débats. Il sait que si Maxime Bernier apparaît dans des habits de politicien présentable lors des débats, c’est l’électorat conservateur qui risque d’en souffrir le plus.

Il pourrait être tentant de dire que le chef d’une formation politique qui n’a jamais fait élire un député va se retrouver avec le même temps de parole qu’un chef de gouvernement ou un chef de l’opposition officielle, dont les partis ont fait élire respectivement 184 et 99 députés, soit plus de 80 % des députés de la Chambre. Mais le bipartisme exclusif n’existe plus au Canada. Et il faut alors entendre les prétendants plaider leur mérite, ce que Maxime Bernier vient de faire avec succès.

Pour le reste, il faudra attendre les débats.