Martin Francoeur
Le ministre des Finances du Québec, Éric Girard.
Le ministre des Finances du Québec, Éric Girard.

Un budget vert et stimulant?

ÉDITORIAL / Le ministre des Finances du Québec, Éric Girard, présentera mardi son deuxième budget. Tout indique que celui-ci sera écrit à l’encre verte, pas seulement pour la bonne santé économique de la province mais aussi pour marquer le déploiement d’une série des mesures résolument orientées vers la lutte contre les changements climatiques. Si cela se confirme, c’est une bonne nouvelle.

Il faudra toutefois voir quel sera l’impact du coronavirus sur cet exercice budgétaire. Le gouvernement pourrait bien être appelé à adopter des mesures visant à maintenir l’activité économique, voire à la stimuler.

Il faut savoir que le budget est bouclé depuis quelques semaines déjà. La menace d’un impact économique sérieux du coronavirus n’était assurément pas la même que ce qu’on observe depuis une dizaine de jours, mais elle était tout de même présente. Il y a de bonnes chances que le budget soit aussi une occasion, pour le gouvernement, de démontrer qu’il est prêt à agir pour stimuler l’économie.

Mais il semble que la principale fonction de ce budget sera, pour le gouvernement Legault, de prêcher par l’exemple en matière de lutte contre les changements climatiques. Les premières informations qui ont filtré laissent entrevoir un nouveau «Plan d’économie verte» assorti de mesures totalisant 1 milliard de dollars pour, principalement, électrifier les transports collectifs, convertir à l’électricité les systèmes de chauffage et de climatisation des immeubles et densifier le parc de véhicules électriques.

Un tel virage vert était nécessaire, même s’il demeure encore très ambitieux. Il découle directement de l’humeur de la population, de plus en plus sensible aux changements climatiques et de mieux en mieux disposée à poser des gestes concrets pour réduire l’empreinte carbone des activités de la vie courante.

Ce qui étonne, surtout, c’est la capacité que démontre le gouvernement de François Legault de réagir à cette pression populaire. La CAQ, faut-il le rappeler, avait suscité critiques et railleries en campagne électorale, parce que ses engagements électoraux en matière d’environnement étaient bien minces ou bien vagues.

Mais au cours des derniers mois, plusieurs mesures laissaient entrevoir une sensibilité accrue en ce sens. Il ne faudra donc pas s’étonner que le budget en soit une suite logique.

Sur le plan économique, on voudra par ailleurs se faire rassurant. Le gouvernement Legault a les moyens de se lancer dans des projets d’infrastructures qui pourraient avoir pour effet de sécuriser l’activité économique. On peut penser que des projets qui sont à l’étape des études, des bureaux de projets ou du BAPE puissent être facilités ou accélérés. Des centaines de millions de dollars pourraient être débloqués pour «faire travailler le Québec». Mais il faudra se montrer prudent, surtout compte tenu du contexte de pénurie de main-d’oeuvre et du taux de chômage qui est à son plus bas depuis les années 60.

François Legault voudra sûrement que la réponse du fédéral concernant sa participation à de tels projets soit claire. Il faut plus de rapidité et plus de flexibilité. Si une telle demande ne peut pas se faire via un budget, celui-ci peut toutefois envoyer des messages clairs en ce sens.

Difficile de dire si la région sera directement ou avantageusement touchée par certaines mesures de ce deuxième budget Girard. Les grands projets d’infrastructures en transport collectif touchent surtout les grandes villes. Mais s’il devait y avoir des annonces favorisant, par exemple, la construction d’écoles ou de maisons des aînés, alors cela pourrait amener quelques chantiers importants en Mauricie et au Centre-du-Québec.

Une chose est claire: avec l’épidémie de Covid-19, on s’attend à des signaux rassurants de la part du gouvernement. Le défi sera, en contexte de surplus accumulés, de démontrer une sensibilité non seulement pour les infrastructures mais aussi et surtout pour les personnes.