Un bon et un mauvais message

ÉDITORIAL / Bonne nouvelle pour le transport en commun à Trois-Rivières: la Ville va profiter de la présentation du budget 2020 de la Ville pour bonifier sa contribution à la STTR. Mauvaise nouvelle pour les usagers: la STTR haussera ses tarifs d’environ 2 % à compter du 1er janvier. On peut comprendre les contraintes financières de l’organisme, mais l’occasion aurait été belle pour amorcer une réflexion sur un virage majeur que de plus en plus de villes envisagent: celui de la gratuité.

Ce n’est pas d’hier que la STTR réclame un financement bonifié de la part de la Ville. Pour la société de transport, le financement municipal représente près du tiers du budget annuel, soit entre 5 et 6 millions $. C’est considérable.

En fait, c’est plus important encore que les revenus provenant de la vente de titres de transport. Dans le budget de 2019 de la STTR, on estimait à 4,7 millions $ les revenus provenant des passagers, tant pour le transport général que pour le transport adapté. L’année dernière, ce montant était de 4,4 millions $.

Il faudra attendre l’adoption du budget de la Ville pour avoir une idée de l’augmentation de la contribution municipale au financement de la STTR. Le président de l’organisme et conseiller municipal du district de Châteaudun, Luc Tremblay, estime que cette bonification sera assez importante pour rebâtir des bases solides à l’organisation, qui a – semble-t-il – été considérablement écorchée par les récents chambardements de la desserte en transport en commun.

Ce que ça veut dire, c’est qu’il faudra attendre à 2021 pour voir un impact direct de cette hausse annoncée de la contribution de la Ville sur les services de la STTR.

L’aspect le plus décevant de l’adoption du budget 2020 de la société de transport demeure toutefois cette hausse de certains tarifs. Les augmentations ont beau être minimes, mais elles envoient le message selon lequel l’organisme garde le cap sur le principe selon lequel il tire des revenus provenant des utilisateurs.

C’est le modèle de toutes les sociétés de transport municipales ou paramunicipales depuis des lunes.

Mais si ce modèle changeait? Si on se penchait sur la gratuité?

Évidemment, un modèle de gratuité implique des coûts importants et des fonds qu’il faut trouver ailleurs. À Trois-Rivières, ça représenterait un trou d’environ 4,5 millions $ dans le budget de fonctionnement. Il y aurait lieu d’interpeller les gouvernements provincial et fédéral, qui ne jurent ces temps-ci que par le virage vers le transport durable.

Il y a des exemples. À compter de mars 2020, tous les transports en commun du Luxembourg seront gratuits. D’accord, le Luxembourg est certainement plus riche que bien des villes qui déploient des réseaux de transport en commun, mais il s’agit d’un choix concerté des autorités locales et nationales, inspiré par le premier ministre Xavier Bettel. En Estonie, la capitale, Tallinn, est considérée comme la plus grande ville au monde – sa population est de 450 000 habitants – à avoir instauré la gratuité des transports en commun sur son territoire.

En France, plusieurs villes offrent la gratuité, totale ou partielle, du transport collectif. La ville de Niort, avec une population de 118 000 habitants, offre le transport en commun gratuit depuis 2017. Les quelque 200 000 habitants de l’agglomération de Dunkerque, dans le Nord, ont accès gratuitement au transport en commun depuis septembre 2018. Résultat? La fréquentation du transport par autobus a augmenté de 65 % en moyenne la semaine, de 120 % le samedi et de 170 % le dimanche et les jours fériés.

Si on cherche vraiment un moyen de modifier les comportements citoyens, la gratuité est assurément une avenue à explorer. Bien sûr qu’on se heurte à une difficulté d’ordre financier, mais le problème devient alors une question de volonté politique et de volonté populaire aussi.

La grande question consiste à savoir s’il y a suffisamment d’audace à Trois-Rivières pour explorer ce modèle et de déployer un service mieux adapté aux besoins de la population.