Martin Francoeur
Donald Trump
Donald Trump

Trump et ses boucs émissaires

ÉDITORIAL / Il fallait bien que Donald Trump trouve quelque chose ou quelqu’un à blâmer pour le fiasco qu’on observe aux États-Unis quant à la gestion de la crise de la COVID-19. Mardi, il a annoncé qu’il suspendait le financement de l’Organisation mondiale de la santé, qu’il accuse d’être trop proche de la Chine et de mal gérer la pandémie. En pleine crise, alors que le monde entier devrait s’unir face à cet ennemi, le président du pays qui est le principal bailleur de fonds de l’OMS joue la carte de la politique arrogante, de la punition abusive et unilatérale.

À une période où une majorité d’États-Uniens désapprouvent la gestion de la crise de la COVID-19 par leur président, ce dernier avait besoin d’un bouc émissaire. Et c’est vers l’OMS qu’il s’est bassement tourné.

Il est vrai que l’OMS semblait parfois dépassée par la progression de la pandémie et il est possible qu’il y ait eu des décisions et des recommandations contradictoires depuis le début de la crise en Chine. Il y aura certainement un post mortem à faire sur cette crise et sur le travail de l’OMS dans la gestion de celle-ci. Mais cela devra se faire après qu’elle se sera résorbée.

Pour l’instant, l’heure est à la mobilisation et à la concertation. Et jusqu’à preuve du contraire, l’Organisation mondiale de la santé, qui relève des Nations Unies, est le véhicule le plus approprié pour coordonner les actions et partager les informations.

Mais pour le président Trump, il fallait une action immédiate. Un coup d’éclat pour détourner l’attention de ceux qui déplorent sa propre gestion de la crise. Il souhaite prendre le temps d’évaluer le rôle de l’OMS «dans la mauvaise gestion et la dissimulation de la propagation» de la maladie COVID-19. Dans un long réquisitoire contre l’agence de santé, le président des États-Unis estime que le monde a reçu plein de «fausses informations sur la transmission et sur la mortalité».

Une telle décision risque d’avoir de lourdes conséquences pour l’OMS. Les États-Unis contribuent pour un peu plus de 500 millions $ au financement de l’agence, sur un budget annuel de 4,4 milliards $, ce qui est considérable.

Non sans résilience, le directeur général de l’OMS, l’Éthiopien Tedros Adhanom Ghebreyesus, a indiqué que l’agence allait examiner l’impact de cette décision et qu’elle allait travailler avec ses partenaires pour combler tout déficit financier. Le travail, dit-il, doit se poursuivre sans interruption.

La semaine dernière, M. Ghebreyesus avait insisté sur le fait que ce n’était pas le moment de lancer une enquête, tout en assurant qu’en temps opportun, les États membres pourront examiner les performances de l’OMS dans la lutte contre cette pandémie. Un de ses bras droits, le directeur exécutif du Programme pour les urgences de l’OMS, Michael Ryan, avait aussi affirmé aussi que toutes les actions de l’agence seraient examinées plus tard et avait considéré «étrange» de devoir se défendre à ce stade.

Il est fort probable que l’OMS soit semoncée pour s’être trop collée à la Chine qui, selon ce qu’on commence à apprendre, a caché des informations sur la propagation initiale. Et l’OMS n’a certainement pas affiché la prudence et la méfiance qui s’imposaient. Mais ça ne justifie pas une interruption de ses activités.

La communauté internationale et les Nations Unies ont rapidement condamné la décision de Donald Trump, que certains ont qualifiée d’«égoïste». Au Canada, Justin Trudeau s’est montré prudent mais il aurait certainement pu condamner plus fermement cette décision. Il avait raison de dire que les États allaient devoir réfléchir dans le futur aux défis que le monde aura dû affronter. Les mots importants, ici, sont «dans le futur». Pour l’instant, ce qui compte, c’est de sauver des vies.

Donald Trump, lui, a plutôt choisi de jeter immédiatement le blâme sur l’OMS. Et presque en même temps, il fait inscrire son nom sur les chèques d’aide que des millions de citoyens des États-Unis recevront au cours des prochains jours.

Cet homme est dangereux, plus que jamais.