Le CHSLD Roland-Leclerc

Trouver des vraies réponses

ÉDITORIAL / Le gardien de sécurité a-t-il vraiment poussé un homme de 82 ans atteint d’Alzheimer? Qui a contacté les membres de la famille après l’événement? Comment les choses leur ont-elles été présentées? Qui a évalué le pauvre homme après sa chute? Pourquoi n’a-t-il pas été rapidement transporté à l’hôpital?

Le dossier est hautement émotif et ça se comprend. Toute notre compassion doit d’ailleurs accompagner cette famille qui a perdu un père dans des conditions tout à fait inacceptables. Les questions sont nombreuses et les enquêtes demandées à la suite de la mort de M. Guy Bastien, au centre d’hébergement Roland-Leclerc, sont requises et justifiées. En attendant des réponses claires, la prudence est de mise. Il ne faudrait quand même pas faire porter le chapeau à ceux qui ne le méritent pas. En même temps, s’il y a des professionnels qui ont erré dans l’exercice de leurs fonctions, il faut les interpeller et rapidement mettre en place les correctifs appropriés.

Le gardien de sécurité en fonction était formé pour accompagner les personnes vivant avec des difficultés cognitives. Que s’est-il passé? La victime aurait perdu pied alors qu’on tentait de la maîtriser. Il s’agirait d’un malheureux accident. Faut-il revoir des éléments de la formation? Peut-être. Chose certaine, il faut attendre de connaître les détails de l’intervention avant de condamner qui que ce soit. Faut-il rappeler qu’il n’est pas toujours évident d’intervenir auprès de personnes désorientées et parfois agressives.

Difficile aussi de reprocher au fils de la victime, à son arrivée au CHSLD, de s’être laissé emporter par les émotions en s’en prenant au gardien de sécurité. Il est important ici de remettre les choses dans leur contexte. Marc Bastien est arrivé au chevet de son père en pensant que c’était le gardien qui l’avait mis dans cet état. C’est une personne du CHSLD (le médecin?) ayant contacté la famille qui aurait fourni cette information. On peut comprendre, dans ces circonstances, qu’il ait pu perdre le contrôle. Encore plus en voyant son père qui baignait dans son sang et dans son vomi.

Il est par contre beaucoup plus difficile de donner le bénéfice du doute au personnel qui a pris en charge M. Bastien après sa chute. Qui l’a évalué? Qui a décidé de le laisser au CHSLD et de ne pas l’envoyer à l’hôpital? Qui a appelé la famille? Qui a mis le feu aux poudres en prétendant que c’est un gardien qui avait poussé le pauvre homme? Espérons que l’enquête permettra d’y voir un peu plus clair.

Pour l’instant, comme d’habitude, tout le monde se renvoie la balle. Le CIUSSS dit que tout le monde a bien fait son travail et les syndicats disent qu’il faut plus de personnel et que celui-ci est surchargé. Il faut cependant aller plus loin, sinon les poings deviendront rapidement le seul moyen de se défendre contre un système de santé inefficace et statique.

Il faut donc espérer que les enquêtes qui se dérouleront au cours des prochains jours amèneront des changements rapides et efficaces. La mémoire de ce vieil homme vaut bien ça. Il est d’ailleurs grand temps d’effectuer une profonde révision des soins offerts aux aînés dans les CHSLD. Surtout que ce n’est pas la première fois que des histoires d’horreur s’y déroulent. Du résident qui passe de longues minutes au sol après avoir chuté à l’autre qui meurt gelé dehors, les tristes cas s’accumulent et il est temps de trouver des solutions. Des vraies!

Le gouvernement a les moyens d’agir. La ministre des Aînés et des Proches aidants l’a démontré la semaine dernière en présentant sa nouvelle vision des soins offerts à nos personnes âgées. Marguerite Blais y préconise l’autonomie des résidents, le maintien et le développement des capacités. Le tout dans un environnement revu et rénové. Coût total: 1 milliard $ pour des nouvelles maisons des aînés et 1,6 milliard $ pour rénover les CHSLD existants.

C’est bien beau tout ça, mais il faudra aussi investir dans le capital humain pour parvenir à appliquer ces grands et beaux principes dans un cadre sécuritaire. De l’argent pour revoir certains plans d’intervention, notamment en ce qui concerne la surveillance et les mesures de contention en présence de patients vivant avec des troubles cognitifs (qui représentent 80% de la clientèle en CHSLD), ne serait pas un luxe.

Car ce n’est sûrement pas dans le béton tout neuf, la peinture fraîche et les rideaux colorés qu’on va trouver des vraies réponses aux questions de la famille de M. Bastien.