Walmart Canada fait marche arrière et tente de recoller les pots que la compagnie a elle-même cassés depuis une semaine.

Trop tard, le mal est fait

ÉDITORIAL / Walmart Canada fait marche arrière et tente de recoller les pots que la compagnie a elle-même cassés depuis une semaine. On ne peut évidemment pas être contre la vertu et il faut saluer cette intention de réembaucher les employés présentant une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme qu’elle a remerciés la semaine dernière. Malheureusement pour Walmart, le mal est fait.

Le mal est fait pour ces personnes – elles sont dix-neuf dans la région – qui prenaient part à ce programme d’intégration à l’emploi. On leur a annoncé plutôt abruptement que c’était la fin de ce programme et pour elles, c’était évidemment un choc. Leur routine était bouleversée.

Le mal est fait aussi pour l’image de la compagnie. Et ça, c’est dommage. Pourquoi dommage? Parce que Walmart prenait part à ce programme depuis une vingtaine d’années. Au cours des deux dernières décennies, la compagnie se comportait en bon citoyen corporatif en permettant à des personnes plus vulnérables sur le plan de l’employabilité de trouver un milieu valorisant. Et tant mieux si Walmart a pu servir d’exemple pour d’autres employeurs.

Mais en quelques jours seulement, la perception plutôt positive qu’inspirait le géant du commerce de détail a pris un dur coup.

La décision elle-même était radicale et précipitée. L’annonce aux participants et aux partenaires a été brutale. L’explication initialement contenue dans le communiqué de presse de la compagnie était emberlificotée et puait la langue de bois. Les excuses en plein week-end pascal sont passées à peu près inaperçues.

Le fait, jeudi, de revenir sur sa décision est une nouvelle tentative dans l’opération de contrôle des dommages à laquelle se livre la compagnie depuis la semaine dernière.

Le problème, c’est que cette main tendue aux personnes déficientes intellectuelles ou atteintes d’un trouble du spectre de l’autisme est la même main qui a servi une gifle la semaine dernière. Et ça, les participants au programme – qui pour la plupart étaient bien fiers de porter la veste bleue de Walmart jusqu’à il y a quelques jours – ne le prennent pas. Ils ont vécu un choc et vivent toujours un deuil.

Plusieurs d’entre eux sont déjà en processus de relocalisation. Et le témoignage de Catherine, une des employées remerciées la semaine dernière, à la télévision de Radio-Canada Mauricie, en disait long sur le sujet. «Ils nous ont fait trop de peine. Je ne mettrai plus les pieds là.»

Toute cette histoire aura démontré trois choses. D’abord que Walmart, si grosse et puissante soit-elle, n’est pas à l’abri des cafouillages. Elle a aussi démontré que les travailleurs qui participent au programme d’intégration, avec une simple compensation de 6 $ par jour pour ne pas qu’elles soient pénalisées pour les prestations auxquelles elles ont déjà droit, ont des conditions de travail à peu près inexistantes. Enfin, elle a levé le voile sur le degré d’ouverture de la population envers les personnes ayant une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme.

L’indignation de la population et la rapidité avec laquelle d’autres employeurs ont réagi en disent long sur cette ouverture. Walmart n’avait certainement pas prévu que cet attachement de la population – et plus particulièrement des clients – envers les participants au programme d’intégration était aussi fort.

On pourrait même en ajouter une quatrième. Et ce n’est pas la moindre. L’épisode des derniers jours a permis de démontrer que les moyens déployés pour l’intégration et le maintien en emploi des personnes handicapées ne sont pas parfaits. Il est peut-être temps de repenser ces modèles. En période de pénurie d’emploi, ce serait certainement pertinent.

Il faut bien trouver des aspects positifs à ce dérapage des derniers jours. Et espérer que les discussions entre Walmart et ses partenaires comme le CIUSSS pavent la voie à un programme bonifié et permanent.