Donald Trump présente le décret mettant fin à la séparation des enfants migrants de leur famille.

Trop tard, le mal est fait

Après avoir passé la dernière semaine à justifier sa politique de tolérance zéro aux frontières et à maintenir le processus de séparation des enfants migrants de leur famille, Donald Trump a fait une volte-face aussi rare que spectaculaire mercredi. Le président a signé un décret pour mettre fin à cette pratique cruelle, se présentant presque comme étant le grand libérateur des enfants détenus ou le grand défenseur des liens familiaux. C’est un triste spectacle. Une honteuse mise en scène.

Donald Trump avait passé le plus clair de son temps à dire qu’il n’avait pas le choix de séparer ainsi les familles de migrants qui entrent aux États-Unis. C’est la loi qui l’en contraignait, disait-il. Une loi dure, mais c’est la loi. Dura lex, sed lex.

Trump n’a pas hésité à d’abord renvoyer la balle au Congrès, seule entité capable de modifier cette loi. Au passage, il aura écorché ses prédécesseurs démocrates, Bill Clinton et Barack Obama, qui n’ont semble-t-il rien fait pour abolir cette loi.

La vérité, c’est que cette loi, qui contient une procédure d’exception, n’a jamais vraiment posé problème depuis son adoption. Jamais on n’avait vu de crise liée non pas à l’afflux massif de migrants mais à l’application rigide et tordue de cette loi. Les précédentes administrations choisissaient plutôt de ne pas retenir les familles, pour justement éviter les séparations.

Tout ce déploiement semblait plutôt s’inscrire dans une douteuse stratégie de communication visant à bien faire paraître le président lui-même: on instaure une pratique qui provoque une vive controverse, on la critique vertement en disant qu’elle n’est pas du ressort de la présidence, on écorche les démocrates au passage, et on s’impose en héros en y mettant fin.

Voilà comment des individus et des groupes parviennent à démontrer par l’absurde que l’État de droit est mauvais. Un tel message, sournois et insidieux, s’inscrit parfaitement dans la lignée du martèlement des fake news et des «faits alternatifs».

Cette fois, cependant, la machination est peut-être allée un peu trop loin. L’émotion a été vive à la suite de la diffusion des images d’enfants migrants détenus en cage, en pleurs et réclamant leurs parents. Les chiffres étaient spectaculaires: plus de 2300 enfants en bas âge ont été séparés de leurs parents. Les exhortations à cesser la pratique venaient de partout: artistes, groupes de défense des droits humains, syndicats. Beaucoup de républicains, notamment l’ex-première dame Laura Bush, ont vivement dénoncé la situation. Des leaders charismatiques religieux, figures proches de la base militante pure et dure de Trump, l’ont aussi critiquée vertement. Dans le monde entier, la mesure a soulevé un puissant tollé.

L’image la plus puissante de l’indignation générée par la détention d’enfants séparés de leurs parents demeure celle de Rachel Maddow, présentatrice de nouvelles à MSNBC, qui a été incapable de retenir ses larmes en lisant la dépêche de dernière heure qu’on venait de lui transmettre et qui parlait des centres de détention d’enfants et de bébés séparés de leurs parents. Sur les réseaux sociaux, cet extrait a beaucoup circulé mercredi et a beaucoup fait jaser.

Les femmes, tout particulièrement, ont été nombreuses à réagir. L’épouse et la fille de Donald Trump, notamment, auraient aussi haussé le ton et convaincu le président de signer le fameux décret.

La bonne nouvelle, si on peut en voir une, c’est que cette mesure était honteuse et cruelle – on peut dire sans hésiter que le fait de séparer des enfants en bas âge de leurs parents pour des fins de détention constitue une forme de mauvais traitement – prendra fin. Les détails restent à venir, mais pour une rare fois, Donald Trump a fait marche arrière.

On ne peut évidemment pas s’empêcher de penser qu’il y a un ignoble calcul politique derrière cela. Les images diffusées depuis quelques jours font mal, très mal, aux républicains de tout acabit. Et à l’approche des élections de mi-mandat, qui auront lieu en novembre, il faut éteindre le plus de feux possible.