De prime abord, il est vrai que l’annonce d’une hausse limitée des coûts pour les services de la Sûreté du Québec apparaît comme une faveur que Québec accorde aux municipalités qui ont confié leur desserte policière à la SQ.

Trois-Rivières joue la mauvaise carte

Éditorial / Au lieu de crier à l’iniquité et à l’injustice dans le dossier de l’aide accordée aux municipalités pour la facturation des services de la Sûreté du Québec, la Ville de Trois-Rivières devrait tourner sa langue sept fois et travailler de façon plus constructive à une approche qui satisferait aussi les villes qui ont un corps policier municipal.

De prime abord, il est vrai que l’annonce d’une hausse limitée des coûts pour les services de la Sûreté du Québec apparaît comme une faveur que Québec accorde aux municipalités qui ont confié leur desserte policière à la SQ. Mais les hausses des coûts des services policiers sont certainement plus contraignantes pour les municipalités de petite taille. Mais il faut voir un peu plus loin que le bout de son nez.

Jeudi, la vice-première ministre et ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, annonçait que la facture des services offerts par la Sûreté du Québec en 2019 allait être réduite. Elle donnait suite à une demande du monde municipal, qui se plaint des hausses successives de cette facture au fil des ans. Québec verse donc 33 millions $ aux municipalités, histoire de faire en sorte que l’augmentation globale du coût des services policiers ne dépasse pas 3 % en 2019.

L’an passé, son prédécesseur Martin Coiteux avait fait de même en octroyant une enveloppe exceptionnelle de 22,8 millions $ aux municipalités. La facture des services policiers avait alors bondi en raison de la signature de l’entente entre le gouvernement et les policiers provinciaux, entente qui prévoyait des augmentations salariales de 17,5 % sur cinq ans.

Que les villes qui ont un corps policier municipal réclament aussi de l’aide, c’est légitime. Mais ce n’est peut-être pas une bonne idée de dénoncer une aide accordée aux plus petites municipalités ou aux villes qui ont fait le choix de confier leur desserte policière à la SQ.

Pourquoi? Parce que dans tant d’autres dossiers, ce sont les grandes villes qui sont favorisées. Les sommes accordées par Québec pour le transport en commun, pour le fonctionnement d’établissements d’enseignement supérieur, pour les hôpitaux, pour les institutions muséales ou culturelles, par exemple, profitent essentiellement aux plus grandes villes.

Dans le cas de Trois-Rivières, on n’est pas loin de l’erreur de jugement en dénonçant une «double facturation». C’est vrai que les municipalités desservies par la SQ ne payent pas la totalité des coûts estimés de la desserte. C’est vrai qu’on les subventionne et qu’on offre même des enveloppes exceptionnelles pour atténuer les hausses. Une ville comme Shawinigan, par exemple, ne payait en 2018 que 4,7 millions $ pour les services de la SQ, ce qui correspond à 40 % des coûts estimés de la desserte policière.

Mais les villes qui ont un corps policier municipal, peu importe le niveau de service offert, ont des avantages indéniables. La mise en place de programmes spécifiques, de grandes orientations ou d’objectifs mensuels, le déploiement sur le territoire, les conditions de travail: tout cela relève de la Ville.

Non seulement le message envoyé jeudi par la Ville de Trois-Rivières est déplorable sur le fond, mais on se demande comment il se fait que ce soit un porte-parole du cabinet du maire qui le livre.

L’Union des municipalités du Québec, dont Trois-Rivières fait partie, a salué la décision du gouvernement du Québec et a même travaillé à l’atteinte de ce résultat. L’UMQ est maintenant déterminée à poursuivre son travail pour mieux soutenir l’ensemble des corps policiers au Québec. Un comité de travail sera formé pour étudier cette question, qui touche autant les grandes villes.

La ministre Guilbault s’est dite ouverte à discuter avec les municipalités de plus de 50 000 habitants qui ont un service de police. C’est déjà un pas dans la bonne direction. Trois-Rivières ne doit pas se braquer et devrait plutôt alimenter les réflexions tant de l’UMQ que de la ministre.