Martin Francoeur
Le Nouvelliste
Martin Francoeur

Trois-Rivières doit tirer des leçons

ÉDITORIAL / L’incendie survenu mercredi dans un entrepôt de Somavrac, sur la rue Saint-Joseph à Trois-Rivières, a révélé des failles importantes dans les communications aux citoyens en situation d’urgence. Même si l’incident aura finalement causé plus de peur que de mal, cela aurait pu être beaucoup plus grave. Et dans une situation semblable, il importe d’informer adéquatement la population.

C’est même un des principes auxquels la Ville de Trois-Rivières avait adhéré, en 2011, alors qu’elle ratifiait, avec d’autres villes et d’autres intervenants de la région, la Charte municipale de la communication des risques. Manifestement, on a oublié les principes derrière cet engagement.

Cette charte, une première au Québec à l’époque, invitait les municipalités à aller au-delà des plans de mesure d’urgence dont elles sont déjà dotées, à mettre à contribution les entreprises et les citoyens dans la planification de ces mesures. Le document faisait suite, en quelque sorte, aux discussions tenues dans le cadre du Forum sur la communication des risques, qui se tenait... à Trois-Rivières.

Le document prévoit que la ville signataire s’engage à identifier les risques liés aux matières dangereuses sur son territoire et les moyens pour diminuer cette dangerosité, déterminer ce qu’il faut faire en cas de problème, adapter son plan d’urgence notamment en mettant à contribution ses citoyens et recourir aux moyens nécessaires pour communiquer efficacement à toute la population les risques associés aux matières dangereuses sur son territoire.

Neuf ans plus tard, avec des moyens de communication encore plus performants que ce qu’on avait au moment de signer cette charte, on ne semble pas avoir avancé. Même qu’on a assisté, mercredi, à un échec lamentable dans le déploiement des moyens de rejoindre la population.

Qu’on se comprenne bien: il y a tout un pan des mesures d’urgence qui a bien fonctionné. L’intervention des pompiers, le travail des policiers pour le soutien aux opérations et l’établissement d’un périmètre de sécurité, la prolongation du service d’appel 3-1-1 pour répondre aux questions des citoyens, tout cela semble avoir bien marché. C’est sur le plan des communications que ça a foiré.

Pourquoi? D’abord parce que les moyens techniques utilisés normalement n’ont pas fonctionné de façon optimale. Le système de téléphonie ciblée ou d’alertes municipales n’a pas permis de rejoindre des personnes qui y sont normalement inscrites. Plusieurs citoyens n’ont reçu que l’avis de fin de l’incitation de mise à l’abri, tôt jeudi matin.

C’est tout de même étrange parce que normalement, ces systèmes fonctionnent assez bien, que ce soit pour les opérations de déneigement, les travaux sur le réseau de distribution d’eau potable, les avis d’ébullition ou la tenue d’assemblées extraordinaires du conseil municipal. Lorsqu’elle a mis en place la téléphonie ciblée, en 2006, la Ville de Trois-Rivières souhaitait pouvoir être en mesure de joindre rapidement et efficacement ses citoyens, parfois même à partir d’un périmètre défini à même la carte interactive du territoire de la ville.

On peut comprendre qu’avec l’abandon, par plusieurs citoyens, des lignes terrestres pour la téléphonie résidentielle – plusieurs ne disposent que d’un téléphone cellulaire –, cela puisse devenir plus problématique. Mais une ville doit pouvoir compenser ces désistements en étant plus proactive. Elle ne doit pas uniquement se fier à l’inscription volontaire des résidents à la liste d’alertes municipales.

L’incident de jeudi a aussi révélé des failles dans le contenu des messages destinés à la population. Le premier communiqué émis à 16 h 45 mercredi, la Ville demandait aux résidents du secteur situés dans un rayon de 800 mètres de l’entrepôt de se confiner jusqu’à nouvel ordre. Pour monsieur et madame Tout-le-monde, il n’est pas facile de calculer 800 mètres à partir de l’entrepôt de Somavrac. Normalement, une description du périmètre de confinement aurait dû être fournie. Encore mieux: une carte de la zone en question aurait dû être accessible.

Il y a aussi eu de la confusion sur l’élargissement du périmètre de confinement «préventif» au territoire des anciennes villes de Trois-Rivières et de Cap-de-la-Madeleine, vers 20 h mercredi. La Ville demandait alors «aux populations vulnérables (troubles respiratoires, maladies cardiaques, personnes âgées et jeunes enfants) de ces secteurs de se mettre à l’abri.

Enfin, il aurait dû y avoir une opération d’avertissement systématique, peut-être par les policiers, pour les personnes qui habitent le périmètre autour du sinistre, particulièrement pour les résidences à forte densité, les parcs et terrains de jeux, les commerces, les industries, les écoles ou les résidences pour personnes âgées.

Dans leur débreffage à la suite des opérations de mercredi, l’organisation municipale des mesures d’urgence, les élus et les fonctionnaires devront assurément tenter de voir ce qui n’a pas fonctionné. Ils devront aussi envisager des moyens plus efficaces de rejoindre la population avec des messages clairs.

On pourrait même se demander s’il y aurait lieu, dans des cas comme celui-là, de déclencher un système d’alerte semblable à celui de «Québec en Alerte», avec le fameux écran rouge à la télé ou le signal agressant à la radio. La diffusion d’un message d’alerte par ce système est une responsabilité partagée entre les gouvernements et l’ensemble des entreprises de radiodiffusion et de télécommunication du Canada. Il est vu comme «un moyen additionnel à ceux en place dans les municipalités afin d’améliorer la communication sur une situation d’urgence». Les feux industriels, surtout en présence de produits dangereux, font partie des situations pourtant prévues pour le recours à l’alerte.

La Ville doit tirer des leçons du cafouillage de mercredi. Par chance, les prises d’échantillons ont démontré que la qualité de l’air est demeurée acceptable pendant toute la durée des opérations. Mais s’il avait fallu que l’incendie prenne des proportions plus importantes ou que les produits aient dégagé des substances toxiques en plus grande quantité, cela aurait pu être beaucoup plus grave sur le plan de la santé publique.

Les élus et les fonctionnaires municipaux doivent aller relire la charte de 2011, rouvrir aussi le plan des mesures d’urgence et le mettre à jour. Ça fait peut-être beaucoup de boulot, mais il en va de la santé et de la sécurité de la population.