Triste et préoccupant

Cette histoire du garçon de onze ans de Bécancour qui s’est retrouvé bien malgré lui nu sur une vidéo partagée sur les réseaux sociaux est d’une désarmante tristesse. En plus de provoquer un choc psychologique pour la victime et sa famille, elle soulève d’importantes préoccupations sur des phénomènes relativement nouveaux.

Filmé à son insu alors qu’il était déshabillé dans la salle de bain chez un nouvel ami à qui il rendait visite, le garçon s’est retrouvé au cœur d’un tourbillon d’émotions lorsque la vidéo a été partagée par cet «ami», âgé de douze ans, sur Snapchat et sur Instagram. On ne sait pas encore si ce devait être, à l’origine, une mauvaise blague ou s’il s’agit d’un cas lourd d’intimidation. Peu importe, il s’agit de matière normalement associée à de la distribution de pornographie juvénile.

En fait, cela entre plutôt dans la nouvelle infraction de «distribution non consensuelle d’images intimes», ajoutée au Code criminel par le biais de la Loi sur la protection des Canadiens contre la cybercriminalité, en vigueur depuis 2014. Cette disposition vise les cas où le critère de l’illustration d’une activité sexuelle explicite, compris dans la définition des infractions liées à la pornographie juvénile, n’est pas directement rempli.

Peu importe la case juridique dans laquelle on place cette infraction, on est ici en présence d’une situation grave. Ce n’est pas un bête incident. C’est à la fois une conséquence réelle des effets pervers des réseaux sociaux et aussi le fruit d’un comportement délinquant de la part de celui qui a filmé et partagé cette vidéo. Non seulement le jeune en question n’avait pas obtenu le consentement de son ami lorsque les images ont été prises, mais il aurait aussi fait fi de la demande de ce dernier de supprimer la vidéo lorsqu’il en a été informé.

La mère de la victime a porté plainte à la SQ, qui poursuit son enquête. Le dossier sera soumis au Directeur des poursuites criminelles et pénales, qui déterminera si des accusations seront portées au tribunal de la jeunesse.

Si le dossier suit son cours normal pour ce qui est de la voie policière et judiciaire, on ne peut pas dire que la route soit aussi droite en ce qui a trait à son cheminement auprès des autorités scolaires.

L’école que fréquentent à la fois la victime et le contrevenant a probablement bien réagi dès que l’information a été portée à l’attention de la direction. C’est notamment l’école qui a mis la police au courant de l’affaire. Mais depuis, on semble avancer à tâtons. On se questionne, on consulte, on évalue. La première chose à faire serait de contraindre le jeune de douze ans qui a partagé la vidéo à changer d’école. Nous ne sommes pas ici en présence d’un jeune qui a donné une bine sur l’épaule d’un autre ou qui a caché ses pantalons de neige dans la poubelle des toilettes, faut-il le rappeler.

Si la Commission scolaire de la Riveraine a réellement une préoccupation pour la personne victime, comme elle le prétend depuis que les médias ont été saisis de cette histoire, alors elle doit agir rapidement. Suspendre le jeune fautif pour une journée n’est pas une conséquence suffisante. C’est presque un cadeau qu’on lui a fait.

Cette affaire vient rappeler l’importance de mieux encadrer les activités «numériques» des enfants et des adolescents.

Le rôle des parents est ici essentiel, quitte à ce qu’ils soient intrusifs dans la «vie numérique» de leurs jeunes. Une récente étude réalisée pour l’organisme Jeunesse J’écoute démontrait que seulement la moitié (51 %) des parents rapportent avoir des conversations à propos des médias sociaux et de l’usage d’Internet avec leurs enfants. C’est trop peu, surtout quand on considère qu’un parent sur trois, au Canada, voit son adolescent affecté émotionnellement par les médias sociaux.

Il y aura de grandes, très grandes leçons à tirer de ce triste événement. C’est  très paradoxal, mais si ça peut devenir un exemple dans les démarches de sensibilisation et de prévention, ce sera déjà ça. En souhaitant, évidemment, qu’il n’y ait pas de conséquences dramatiques pour le jeune garçon victime de ce geste ignominieux.