Le terminal maritime de Kinder Morgan, à Burnaby en Colombie-Britannique.

Trans Mountain: les libéraux dans l’embarras

ÉDITORIAL / Il faut du culot et penser que la population a bien peu de mémoire pour imputer au gouvernement de Stephen Harper le fiasco dans lequel se retrouve Ottawa avec le projet d’expansion de l’oléoduc Trans Mountain. Si les Canadiens doivent débourser plus de 4,5 milliards $ pour un projet abandonné par le secteur privé, si les libéraux de Justin Trudeau transgressent leurs engagements en matière d’environnement et à l’égard des communautés autochtones, ce n’est pas la faute des conservateurs.

Bill Morneau, le ministre des Finances, a pointé jeudi le processus dysfonctionnel d’évaluation environnementale établi par le gouvernement Harper pour expliquer la rebuffade de la Cour d’appel fédérale. Celle-ci invalide le décret adopté par le gouvernement Trudeau en novembre 2016 pour autoriser le projet du pipeline Trans Mountain de l’entreprise Kinder Morgan.

C’est un peu court de la part de M. Morneau. C’est aussi se mettre la tête dans le sable pour ne pas voir ses propres faux pas et de mauvaises décisions qui pèseront lourd d’ici les élections de l’automne 2019.

Qu’importe la façon dont le gouvernement Trudeau réagira à la décision de la cour qui suspend le projet Trans Mountain de tripler la capacité de transport du pétrole des sables bitumineux pour atteindre de nouveaux marchés.

Qu’il porte la cause devant la Cour suprême ou qu’il comble les lacunes relevées par la Cour d’appel, le gouvernement libéral aura du mal à alléger le fardeau qu’il s’est créé en se substituant à la pétrolière texane Kinder Morgan et en prenant partie pour l’Alberta qui vient en plus de se retirer de son plan de lutte contre les changements climatiques.

Répéter que l’expansion de l’oléoduc — aux frais de l’État — est dans l’intérêt national est de moins en moins convaincant. Ce que plusieurs retiendront est que l’équipe libérale a négligé les réserves exprimées par la Colombie-Britannique et certaines communautés autochtones.

Évidemment, les Canadiens qui souhaitent une véritable réconciliation avec les Premières Nations et qui veulent que le pays délaisse l’exploitation des sables bitumineux et opte davantage pour des énergies renouvelables ne trouveront pas consolation auprès des conservateurs.

Selon leur chef, Andrew Scheer, les Canadiens paient pour l’immense échec de Justin Trudeau «à défendre l’énergie la plus propre, la plus éthique et la plus écologique au monde».

Sa position a le mérite d’être claire.

M. Trudeau tient pour sa part un double discours et prend des décisions en contradiction avec ses engagements électoraux de 2015. À près d’un an d’une nouvelle campagne, il se retrouve dans une position inconfortable. Son vernis «vert» semble de plus en plus mince. Son respect des droits des communautés autochtones pas aussi grand qu’il le prétend. Qu’un jugement de la cour permette de tirer cette conclusion est embarrassant.

Après avoir analysé la volumineuse décision de la Cour d’appel, souhaitons que M. Morneau et les libéraux trouveront mieux comme réplique que de décrier le processus d’évaluation environnemental prévalant sous le gouvernement Harper.

Il est certes étonnant, voire aberrant que l’Office national de l’énergie n’ait pas formulé de recommandations sur le transport pétrolier maritime. Si 34 pétroliers doivent circuler dans une zone plutôt que 5, il y a lieu de s’interroger sur les conséquences de cet achalandage sur les villes côtières et l’environnement, d’autant plus si des espèces en péril s’y trouvent.

Avant d’approuver le projet Trans Mountain, les libéraux n’ont pas cherché à obtenir des réponses aux questions escamotées par l’Office de l’énergie. Ils se sont accommodés du processus d’évaluation des conservateurs.