Tout droit dans le mur

On parle souvent du déclin démographique de la région. De son incapacité à atteindre un taux de croissance semblable à celui de l’ensemble du Québec. On parle beaucoup du vieillissement de la population. Du faible taux de natalité. Mais il semble qu’on doive en parler une fois de plus. Parce que la Mauricie fonce tout droit dans un mur.

Les plus récentes données mises à jour par l’Institut de la statistique du Québec concernant les taux de natalité, de mortalité et d’accroissement naturel de la population sont alarmantes. Et elles s’expliquent difficilement.

En Mauricie, les données provisoires concernant le nombre de naissances en 2017 démontrent qu’il n’y en a eu que 2262. C’est le nombre le plus bas depuis 2001. À l’opposé, le nombre de décès était de 2851, soit le nombre le plus élevé au cours des vingt-cinq dernières années.

On s’en doute, cela donne un accroissement naturel négatif. Il y a eu plus de décès que de naissances, 589 pour être plus précis. Ça fait une quinzaine d’années que la Mauricie est dans le rouge pour ce qui est de l’accroissement naturel. Dans les années 90, le solde était positif: 1056 naissances de plus (3170) que de décès (2112) en 1991. En 1996, c’était moins élevé, mais toujours positif: 2550 naissances comparativement à 2151 décès, pour un accroissement naturel de 399.

C’est à partir de 2001 que ça s’est gâté. Mais jamais autant que l’année dernière. À titre d’exemple, le déficit de 589 enregistré en 2017 est plus de deux fois plus élevé que celui enregistré pas plus tard qu’en 2013 (-275).

Pendant ce temps, le Québec dans son ensemble affiche un accroissement naturel positif, même si la différence entre le nombre de naissances (83 900) et le nombre de décès (66 300) est moins marquée qu’au cours des cinq dernières années.

Le portrait est le même lorsqu’on regarde les taux. Le taux de natalité en Mauricie, pour 2017, s’établit, toujours selon des données provisoires, à 8,4 pour mille (8,4 ‰). Le Québec aussi affiche une baisse, mais le taux de natalité est tout de même à 10 pour mille (10 ‰).

Même désolation quand on regarde le taux de mortalité, qui s’établit à 10,6 ‰ en Mauricie, un sommet des vingt-cinq dernières années. Et le taux d’accroissement naturel qui est de -2,2 ‰, un triste record là aussi, évidemment.

Au Centre-du-Québec, la situation est assurément moins dramatique, ce qui explique encore plus difficilement les chiffres effarants qu’on observe au nord du Saint-Laurent.

Le taux de natalité est à la baisse, mais il se situe à 9,7 ‰, tout près de la moyenne provinciale. On recense, en 2017, 2372 naissances, le nombre le plus bas depuis 2001. Le taux de mortalité est de 8,5 ‰, presque identique à celui que la région affiche annuellement depuis 2013. Mais là où se trouve l’avantage pour le Centre-du-Québec, c’est que son accroissement naturel est toujours positif (+278), bien qu’il soit en diminution.

La Mauricie se retrouve dans le peloton de queue des régions du Québec pour ce qui est du taux de natalité. Seules les régions de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine (7,3 ‰) et du Bas-Saint-Laurent (8,3 ‰) font pire que la Mauricie (8,4 ‰). Pour le taux de mortalité, la Mauricie (10,6 ‰) arrive avant-dernière devant la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine (11,8 ‰).

Heureusement que les chiffres concernant la migration interrégionale étaient plus encourageants. Parce que si elle veut maintenir ou augmenter sa population, la Mauricie devra nécessairement compter sur les personnes provenant d’autres régions du Québec ou sur l’immigration.

Ce que de telles données apportent encore, outre une stupéfaction bien légitime, c’est aussi le perpétuel questionnement par lequel on se demande comment il se fait que la Mauricie, pourtant région centrale du Québec, se retrouve toujours avec des statistiques aussi décourageantes.

Ça reste un grand mystère.