Martin Francoeur
Le Nouvelliste
Martin Francoeur

TGF: un dossier qui s’empoussière

ÉDITORIAL / La pandémie aura-t-elle raison du projet de train à grande fréquence dans le corridor Québec-Toronto? 

La question se pose parce que rien n’indique que quelque chose avance dans ce dossier. Et quand les représentants du gouvernement fédéral, ce même gouvernement qui a instauré un bureau de projet pour le TGF, réclament un peu plus de mobilisation pour que les choses bougent, c’est que ça ne sent pas très bon.

Le ministre des Affaires étrangères et député de Saint-Maurice–Champlain, François-Philippe Champagne, était de passage au Nouvelliste vendredi matin pour une entrevue éditoriale. La question du TGF est évidemment revenue dans les discussions. C’est devenu un sujet incontournable. Mais un sujet pour lequel, malheureusement, il n’y a pas de nouveau.

Pour dissiper cette impression de stagnation, le ministre Champagne lance de nouveau son appel à la mobilisation. Il faut, dit-il, que ça devienne une priorité pas seulement pour Trois-Rivières. Dans son esprit, les gouvernements provinciaux du Québec et de l’Ontario ainsi que les maires des grandes villes situées le long du trajet, les chambres de commerce et les fédérations de municipalités devraient unir leurs voix pour réclamer la réalisation de ce projet.


« Il est tout de même curieux qu’un élu fédéral, pourtant convaincu de la pertinence du projet, doive renvoyer ainsi la balle dans le camp des communautés qui se trouvent le long du trajet proposé. »
Martin Francoeur

C’est vrai qu’on n’a pas entendu souvent les maires John Tory, Valérie Plante ou Régis Labeaume au sujet du train à grande fréquence. Mais les chambres de commerce et les fédérations de municipalités sont intervenues. Certaines à plusieurs reprises. La Chambre de commerce et d’industries de Trois-Rivières est même devenue une des voix les plus fortes dans les revendications associées à ce projet.

Il est tout de même curieux qu’un élu fédéral, pourtant convaincu de la pertinence du projet, doive renvoyer ainsi la balle dans le camp des communautés qui se trouvent le long du trajet proposé. Les maires et les dirigeants d’organismes à caractère socio-économique ont, ces temps-ci, bien d’autres chats à fouetter que de planifier une mobilisation à grande échelle pour un train à grande fréquence. Et on oublie peut-être que la mise en place d’un bureau de projet, par le fédéral rappelons-le, a peut-être eu pour effet de donner l’impression à ces communautés que le TGF était déjà sur les rails. Sans mauvais jeu de mots.

Pourtant, la relance économique associée à la pandémie aurait pu être un fer de lance pour un projet comme celui du TGF. Le premier ministre Justin Trudeau avait promis un plan de relance verte pour sortir le Canada de la crise mais lors de l’annonce des principales mesures, au début octobre, les espoirs se sont vite évaporés. Il y a bien 10 milliards $ qui seront investis par la Banque de l’infrastructure du Canada (BIC) pour stimuler la création d’emplois et lutter contre les changements climatiques, mais cela ne touche pas le projet de desserte ferroviaire entre Toronto et Québec.

Il y a quelques mois, le président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Michel Leblanc, avait interpellé la présidente et cheffe de la direction de VIA Rail, Cynthia Garneau, de façon assez claire. «En ces temps où l’on parle de stratégie d’investissement dans nos infrastructures liée à une reprise économique, si on n’est pas capable là de prendre une décision sur le train à grande fréquence, on ne sera jamais capable de la prendre.» On ne saurait dire mieux.

L’autre chose qu’il faudra surveiller, c’est le maintien ou non du corridor Montréal-Québec dans le projet de VIA Rail. Il y a un peu plus d’un an, La Presse Canadienne avait obtenu un document interne du gouvernement fédéral qui mentionnait que l’abandon du tronçon Montréal-Québec serait bénéfique pour le projet puisqu’il n’y a pas de rentabilité sur celui-ci. C’est comme s’il n’y avait plus rien de réjouissant dans ce dossier depuis l’annonce faite en juin 2019. Celle-ci, on s’en souvient, avait été faite à Trois-Rivières, à quatre mois de l’élection fédérale.

Et aujourd’hui, on déplore le manque de mobilisation. Il y a quelque chose d’exaspérant dans tout ça.