Plusieurs centaines de véhicules sont restés pris toute la nuit sur l'autoroute 13 Sud.

Tempête politique

La tempête des derniers jours a frappé de plein fouet plusieurs régions du Québec. Mais c'est peut-être à l'Assemblée nationale qu'elle aura frappé le plus fort.
Pour qu'on en vienne à faire une tempête à cause d'une tempête, fallait que ce soit sérieux. Que retenir de cet épisode? Qu'il est temps de faire un sérieux examen de conscience sur la gestion de crise et sur le niveau de préparation pour faire face à de telles situations.
Quelqu'un m'aurait dit qu'un jour j'écrirais un éditorial sur une tempête de neige et je lui aurais ri en pleine figure.
Bon d'accord, ce n'est pas vraiment sur la tempête en tant que telle, mais sur les tristes conséquences qu'elle a eues. Des accidents et des pertes de vies humaines, certes, mais surtout le dramatique constat selon lequel on n'était pas prêt pour faire face à une telle tempête.
Une tempête de neige, chez nous, ça n'a rien d'inhabituel. Une grosse tempête, comme celle des deux derniers jours, mérite certainement qu'on y accorde un peu d'attention. Qu'on s'y prépare adéquatement. Qu'on s'assure que nos mécanismes d'interventions d'urgence fonctionnent.
Il n'est pas normal que des centaines de personnes restent coincées pendant deux, quatre, six ou même douze heures sur l'autoroute 13, en plein coeur de Montréal. On n'est pas dans le fin fond des Laurentides, de la Beauce ou du Pontiac. On parle ici de l'autoroute 13, pas tellement loin de l'aéroport de Dorval.
Il y a eu mercredi de déplorables dérapages à l'Assemblée nationale, alors que tout le monde cherchait un ou des coupables. D'abord, la partisanerie de bas étage s'est rapidement emparée des chefs des partis d'opposition.
François Legault qui va dire que le grand responsable du fiasco du déploiement des mesures d'urgence était nul autre que le premier ministre lui-même. On nage en plein délire.
Certes, la situation était sérieuse et elle démontre clairement qu'il y a eu des problèmes de coordination et de communication. Mais de là à tenir le premier ministre pour responsable, ça dépasse l'entendement. La récupération politique des événements, par les représentants des partis d'opposition, était déplacée.
Ensuite, on nageait en pleine confusion dans les explications fournies tour à tour par les ministres Laurent Lessard et Martin Coiteux. Ajoutons à cela la stupeur et le mécontentement du premier ministre, la détermination du maire de Montréal, l'acharnement des journalistes et on avait cette fois une nouvelle crise à gérer, après, disons-le, l'échec lamentable dans la gestion de la véritable situation d'urgence. 
Il n'est pas normal, au Québec, qu'on se retrouve dans une telle situation. Cette tempête, on l'avait vue venir. Il aurait fallu s'assurer que les cellules de crise fonctionnent et que les ressources sur le terrain puissent être déployées rapidement et efficacement.
On a des plans d'urgence pour à peu près tout ici, que ce soit pour des virus comme Zika ou Ebola, pour un accident à la centrale nucléaire, pour un barrage qui cède.
On fait des simulations pour des écrasements d'avion à Trois-Rivières, pour des fuites de produits toxiques dans certaines institutions. On est prêt pour beaucoup de choses mais visiblement pas pour une vraie grosse tempête de neige. 
Il y a certainement des questionnements à faire, sur ce qui a marché mais surtout sur ce qui n'a pas fonctionné. Comment modifier les procédures pour coordonner et rendre efficaces les interventions sur le terrain? Comment s'assurer que la communication soit optimale entre le politique et les services d'urgence concernés? Comment rassurer la population et lui indiquer quoi faire en pareil cas? 
Grosse commande pour les ministres, les maires et les fonctionnaires responsables. La tempête n'est peut-être pas finie...