Tempête dans un verre d’eau

ÉDITORIAL / Les patrouilleurs de l’eau de Trois-Rivières devront être aux aguets cet été. Des Trifluviens frustrés ont l’intention de mettre à rude épreuve la nouvelle réglementation qui les empêche de laver leur automobile quand bon leur semble. Certains se cacheront dans leur garage pour échapper à la «police de l’eau». Les plus «audacieux» traverseront carrément chez leur voisin d’en face pour rafraîchir leur précieux véhicule quand la date au calendrier ne leur permet pas de le faire.

Les résidents trifluviens doivent désormais laver leur auto une journée sur deux selon les adresses civiques. Mais voilà, plusieurs résidents font part ces jours-ci de leur mécontentement. Ils trouvent que cette interdiction est «inéquitable», vise la mauvaise cible et brime leur «liberté individuelle».

Honnêtement, il est difficile d’adhérer à ces arguments. C’est plaisant d’avoir une auto toute propre, mais faudrait quand même pas exagérer. Oui, cette nouvelle politique est plus restrictive mais elle n’est quand même pas digne d’un pays totalitaire. En principe (à moins que le samedi soit un 31 et le dimanche un 1er), les citoyens ont une journée sur deux le week-end pour laver leur véhicule. Il ne fait pas beau cette journée-là? Ce n’est quand même pas catastrophique d’attendre une petite semaine. Vous avez un événement spécial? Il y a des dizaines de lave-autos dans la ville qui peuvent faire un aussi bon travail que vous. Pour le reste, les cinq autres journées de la semaine demeurent disponibles et, avec les jours qui sont plus longs l’été, ce n’est pas la marge de manœuvre qui manque. On a déjà vu plus restrictif que ça.

Certains récalcitrants avancent que cette nouvelle politique les empêchera d’assurer un entretien efficace de leur auto et, du même coup, lui fera perdre de la valeur. Disons que c’est un peu tiré par les cheveux. Laver son auto l’été relève essentiellement de l’esthétisme. Que font ces gens-là l’hiver quand sévissent sel et calcium? Ils font comme tout le monde: ils attendent les journées ensoleillées pour se rendre à leur lave-autos préféré. Pourquoi ça devrait être différent l’été? Pour sauver quelques dollars? Bon, d’accord. Mais ceux qui pensent ainsi devraient peut-être se rappeler que le traitement de l’eau potable coûte une fortune à une Ville et que plus la consommation est élevée… plus le compte de taxes risque de l’être aussi.

D’autres opposants indiquent par ailleurs que cette nouvelle réglementation ne permet pas de sauver tant d’eau que ça et que la Ville de Trois-Rivières devrait plutôt envisager d’autres restrictions plus efficaces, comme le remplissage des piscines. En fait, l’un n’empêche pas l’autre. Les municipalités ont la responsabilité d’éviter le gaspillage et la Ville de Trois-Rivières fait très bien son travail à ce chapitre. Cette mesure sur le lavage des véhicules fait d’ailleurs partie d’un vaste plan nécessaire pour respecter des exigences nationales en matière d’économie d’eau potable. Des exigences, si elles ne sont pas respectées, qui peuvent entraîner d’importantes sanctions financières ou l’imposition de compteurs d’eau.

D’où l’importance d’amener les gens à changer d’anciennes façons de faire et à adopter de nouvelles habitudes. Trois-Rivières n’est d’ailleurs pas la seule ville à avoir cette préoccupation de sensibilisation. On parle ici d’une tendance mondiale. Ce que les villes veulent essentiellement avec ce genre de réglementation, c’est que leurs citoyens se demandent s’ils en ont réellement besoin quand ils prennent le boyau d’arrosage dans leurs mains.

Cela dit, cette réglementation repose essentiellement sur la bonne foi des gens. La police de l’eau veille au grain mais, avouons-le, ce n’est pas la plus coercitive des surveillances. Il est donc fort probable que des résidents parviennent à contourner la réglementation. Bravo, les champions!

Il y aura toujours des réfractaires au changement. Des personnes qui font les choses de la même façon depuis plusieurs années et dont le monde s’écroule lorsque leur routine est un tantinet chambardée. Promenez-vous cet été dans les rues de Trois-Rivières et vous allez les reconnaître facilement: ils lavent encore leur stationnement boyau à la main et, à l’avenir, ils vont se cacher dans le garage ou allez chez le voisin d’en face pour laver leur auto.