Tant qu’il y aura des auteurs...

ÉDITORIAL / Il y a de ces journées où plonger dans un bon livre est encore ce qu’il y a de mieux à faire pour échapper à ce qui se passe dans l’actualité et qui nous démontre l’étendue de la bêtise humaine...

Le hasard a voulu que la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur, qu’on souligne chaque année le 23 avril, tombe cette année la même journée qu’un attentat à Toronto. Et comme il aurait été dommage que cette journée soit complètement éclipsée par la tragédie, il m’apparaissait plus intéressant de vous raconter une belle histoire.

À Trois-Rivières, samedi, on a souligné avec deux jours d’avance cette Journée mondiale du livre et du droit d’auteur. La Société des écrivains de la Mauricie, en collaboration avec le Festival littéraire de la Mauricie et du Centre-du-Québec, avait organisé un événement des plus sympathiques pour que le public puisse aller à la rencontre de différents auteurs. Ça se passait à l’église Saint-James et ça prenait la forme d’un parcours déambulatoire permettant aux visiteurs de découvrir les univers de création de quatre auteurs. Un parcours enveloppé par la musique de Maude Fréchette au violon et de Viviane Lafrance à la flûte traversière.

Le temps d’un après-midi, l’église et sa sacristie sont devenues des lieux de rencontre, des lieux d’échange, de discussions, de questions. Des lieux de curiosité, aussi. Chacun des quatre auteurs avait pris soin d’apporter des éléments de décor de son lieu habituel de création. Inévitablement, cela devenait un excellent générateur de conversations.

Virginie Blanchette-Doucet, Mathieu Croisetière, Pierre Drouin et Maureen Martineau avaient comme consigne de créer, d’écrire, mais avec quelque 200 personnes qui sont passées au cours de cet après-midi, cette tâche aura été plus ardue. Leur ouverture à la discussion était, elle, impeccable.

À travers ces «bureaux d’écrivains dans l’espace public», le visiteur pouvait découvrir les lectures qui influencent les auteurs, la musique qu’ils écoutent, les images qu’ils observent, les souvenirs qui les entourent. Même les odeurs étaient au rendez-vous. Pierre Drouin apprécie l’odeur des fruits. Son bureau temporaire était rempli de bols à – vrais – fruits.

Créer des moments de rencontres entre les lecteurs et les auteurs est une initiative nécessaire. Dans la région, nous sommes bien servis à ce chapitre, grâce aux activités organisées par les bibliothèques publiques, par la Société des écrivains de la Mauricie, par les librairies indépendantes, par le Salon du livre de Trois-Rivières, par le Festival international de la poésie, par les institutions d’enseignement.

Le fait de profiter de la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur pour créer de telles rencontres et ainsi rapprocher les lecteurs des auteurs est une initiative qu’on se doit de saluer.

Mais la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur est aussi là pour nous rappeler que beaucoup d’auteurs vivent dans des conditions de précarité à cause des droits d’auteur.

L’Union des écrivaines et écrivains du Québec doit être entendue mardi par un comité de consultation fédéral, en marge de l’élaboration d’un projet de loi qui se veut une réforme des droits d’auteur. Son directeur général, Laurent Dubois, rappelait récemment que les écrivains professionnels sont une espèce en voie de disparition, justement en raison de la précarité qui les oblige à avoir un autre emploi rémunéré pour vivre décemment. Au Québec, seulement quelques dizaines d’auteurs arrivent à vivre de leur plume.

La question des ventes est une chose, mais celle des droits d’auteur n’est certainement pas à négliger non plus. Nous vivons à une époque où les nouvelles technologies permettent à des textes de circuler ou d’être diffusés facilement. Ils peuvent aussi être piqués ou reproduits avec une désarmante facilité, sans que les auteurs touchent quelque sou que ce soit. Ou si peu.

C’est une question préoccupante à laquelle nos gouvernements doivent porter une attention particulière. Et ils doivent le faire assez rapidement.