Martin Francoeur
Le Nouvelliste
Martin Francoeur

Surtout, ne pas relâcher

ÉDITORIAL / Le Centre-du-Québec et la Mauricie au grand complet sont maintenant au niveau d’alerte le plus élevé dans le système de couleurs associé aux mesures de lutte contre la pandémie de COVID-19. 

En pleine deuxième vague, les autorités gouvernementales et sanitaires ont montré un optimisme prudent, vendredi, en indiquant que la situation demeure relativement stable et que les projections ne prévoient pas de dépassement des capacités hospitalières pour le prochain mois. Mais ce n’est certainement pas le moment de relâcher les mesures. Le défi 28 jours qu’avaient lancé le premier ministre Legault et son ministre de la Santé, Christian Dubé, va nécessairement devoir se prolonger.

Sur le calendrier, ce défi lancé le 28 septembre dernier prendrait fin dimanche. Mais des régions viennent tout juste de passer au rouge et rien n’indique que celles qui l’étaient déjà vont revenir rapidement aux niveaux orange, jaune ou vert. Il semble bien qu’on doive prendre notre mal en patience.

Le bilan quotidien présenté vendredi faisait état de 905 nouveaux cas de COVID-19 et de douze décès supplémentaires. On est encore loin des journées les plus dures de la première vague printanière et on teste beaucoup plus, mais c’est tout de même préoccupant. Pourquoi? On n’a qu’à tourner la tête et à regarder ce qui se passe en Europe. Les bilans quotidiens sont catastrophiques.

En Belgique, par exemple, les plus récents chiffres sont inquiétants: 16 746 nouveaux cas rapportés en 24 heures vendredi – un record quotidien absolu depuis le début de la pandémie –, 498 nouvelles hospitalisations et un total de 573 patients aux soins intensifs. Le nombre de cas détectés est en hausse de 69 % par rapport à la semaine dernière. La Belgique a une population de 11,5 millions d’habitants, ce qui la situe démographiquement entre le Québec et l’Ontario.

Elle n’est pas une exception en Europe, où plusieurs pays ont dû resserrer ces derniers jours les mesures de confinement. Des couvre-feux ont été instaurés en France, en Grèce, en Italie. Des mesures de confinement strictes frappent l’Irlande, la République tchèque, l’Espagne, le Portugal. Même l’Allemagne, saluée pour sa bonne gestion de la première vague au printemps, peine à contenir les éclosions. Le président de l’Institut de veille sanitaire Robert Koch, Lothar Wieler, a déclaré cette semaine que «la situation est devenue globalement très grave».

Et ce qui se passe en Europe, où la gestion de la pandémie et les mesures déployées sont comparables aux nôtres, pourrait fort bien se reproduire ici.

Il est là le danger. S’il fallait que le nombre de cas augmente rapidement, le système de santé pourrait ne pas pouvoir absorber un soudain achalandage dû à la COVID-19. C’est le message qu’ont d’ailleurs envoyé vendredi la vice-première ministre Geneviève Guilbault, le maire de Québec, Régis Labeaume, et le maire de Lévis, Gilles Lehouillier: la deuxième vague frappe fort et la population des régions de la Capitale-Nationale et de Chaudière-Appalaches devra à nouveau redoubler d’efforts, parce que le réseau de la santé s’approche du point de rupture. Québec et sa rive sud sont devenues l’épicentre de cette deuxième vague au Québec.

Les mesures déployées jusqu’à maintenant, même si elles laissent parfois une impression d’improvisation, semblent porter leurs fruits. Mais le «point de bascule» n’est malheureusement pas bien loin. Il faudra donc se résigner à prolonger le «défi 28 jours» et à ne pas attendre les directives gouvernementales pour modifier nos propres comportements. Réduire les contacts semble être la mesure qui a les impacts les plus significatifs sur les statistiques de propagation du virus.

Le risque de relâchement est cependant bien réel et c’est ce qui pourrait être le plus dangereux au cours des prochaines semaines. La dernière chose dont on a besoin, surtout avec les récentes éclosions dans le milieu hospitalier, c’est de se retrouver avec des établissements de santé et du personnel qui ne pourraient pas répondre à la demande.