Martin Francoeur

STTR: sortie de crise prometteuse

ÉDITORIAL / Le conseil municipal de Trois-Rivières semble avoir eu l’idée qu’il fallait avoir pour effectuer une sortie de crise plutôt élégante dans le dossier de sa société de transport en commun. En décidant d’envisager une réforme de la gouvernance de la STTR, les élus manifestent assurément une volonté de dépolitiser, du moins en apparence, cette organisation. C’est une idée qui mérite de faire du chemin.

La bisbille politique entourant le départ du directeur général de la Société de transport de Trois-Rivières, Guy De Montigny, s’est déplacée vers le conseil municipal, la semaine dernière. L’insatisfaction manifestée par certains membres du conseil d’administration de l’organisme, à la suite d’une négociation visant à faciliter le départ du directeur général, semblait conduire tout droit vers un affrontement au conseil municipal. Mais on semble avoir trouvé le moyen de limiter les dégâts.

Il faut savoir que le conseil d’administration de la STTR est composé de sept personnes, dont cinq membres du conseil municipal. La présidence de l’organisme a toujours été assurée, jusqu’à maintenant, par un de ces élus. Dans le cas qui nous intéresse, c’est le conseiller du district de Châteaudun, Luc Tremblay, qui occupe cette fonction depuis trois ans.

Le 5 mai dernier, un vote devait être pris au conseil municipal pour déterminer s’il y avait lieu de remplacer ce dernier à la tête du conseil d’administration de la STTR. Certains n’ont pas apprécié sa gestion du départ de M. De Montigny. Et Luc Tremblay lui-même ne s’était pas gêné pour dénoncer ce qu’il avait considéré être de l’ingérence politique de la part du maire Jean Lamarche dans ce processus. Bref, les griffes étaient sorties.

Or, dans une sagesse qui l’honore, le conseil municipal a évité l’affrontement. En réalisant que le problème était au-dessus des simples conflits de personnalités, on a plutôt établi un consensus visant à modifier la gouvernance de la STTR. En clair, on veut que ce soit un représentant de la société civile ou un non-élu qui occupe la présidence.

Il n’y avait plus de véritable raison de conserver le modèle selon lequel c’est un élu qui devait présider la STTR. La plupart des autres organismes paramunicipaux ou prolongements administratifs de la Ville sont présidés par des non-élus, notamment Innovation et développement économique (Yves Lacroix), Culture Trois-Rivières (Stella Montreuil), la Corporation des événements (Roger Picard) ou l’Office municipal d’habitation (Robert de Nobile).

Traditionnellement, aussi, le poste de président – et les postes d’administrateurs – constituait aussi un véhicule parfait pour récompenser des alliés politiques. Il y avait, jusqu’à la plus récente réforme des salaires et des primes des membres du conseil, des montants intéressants associés à ces nominations. Ce n’est plus le cas depuis qu’on a décidé d’éliminer les primes dans le but de bonifier la rémunération des élus, compte tenu de la multiplication des comités et des groupes de travail.

Si elle va de l’avant avec sa volonté de réformer la gouvernance de la STTR, Trois-Rivières ferait figure de pionnière. Parmi les sociétés de transport des principales villes du Québec, il n’y a qu’à Montréal où le président n’est pas un élu. Ce n’est pas mauvais de tracer la voie, à l’occasion. Trop souvent, on a l’impression que Trois-Rivières est à la remorque de ce qui se fait ailleurs ou de ce que prône l’Union des municipalités du Québec.

Qui plus est, on n’aura même pas besoin de passer par un décret gouvernemental ou une modification de la Loi sur les sociétés de transport. L’article 16.2 de cette loi prévoit que la Ville peut désigner des membres indépendants et prévoit aussi que cette désignation se fait en tenant compte des profils de compétence et d’expérience approuvés par la ville concernée. À ce propos, l’intention du conseil municipal est déjà clairement exprimée pour bien encadrer le choix d’un président ou d’une présidente. Ça permettra, espérons-le, d’éviter de nommer des petits amis.