Danny Tucci, un homme atteint d’un cancer de la prostate de grade 4, avec métastases osseuses, se retrouve dans une situation intenable après que le CHU de Québec ait mis la clé sous la porte de la clinique externe de soins palliatifs de l’Hôtel-Dieu de Québec en raison du manque d’effectifs médicaux.

Soins palliatifs: signaux d’alarme

ÉDITORIAL / Le Québec est-il en train de s’éloigner de l’esprit et de la lettre de la Loi concernant les soins de fin de vie, comme le craignait en juin le Collège des médecins. Les signaux d’alarme s’accumulent.

Pour mourir dans la dignité, il faut d’abord être soigné dans la dignité et ne pas avoir à se battre pour obtenir des soins et des services professionnels à domicile.

«Soins palliatifs suspendus», «Un patient abandonné porte plainte», titrait cette semaine Le Soleil.

Danny Tucci, un homme atteint d’un cancer de la prostate de grade 4, avec métastases osseuses, a raconté à notre journaliste dans quelle situation inhumaine et inacceptable il se retrouve après que le CHU de Québec ait mis la clé sous la porte de la clinique externe de soins palliatifs de l’Hôtel-Dieu de Québec en raison du manque d’effectifs médicaux. Découragé de cette annonce, M. Tucci a même pensé aller s’acheter une corde au Canadian Tire.

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C’est troublant. C’est aussi révoltant de faire subir un tel traitement à de grands malades.

Le pire, c’est que le cas de M. Tucci n’est pas unique au Québec. Si des cancéreux et des malades en fin de vie obtiennent d’excellents soins palliatifs dans certaines régions (vite que ces milieux en inspirent d’autres), cela n’est pas le cas de tous.

À un moment douloureux de leur vie où ils mériteraient que tout soit simple et tourne rondement, certains doivent se démener et se battre dans un système de santé qui ne réussit pas à leur fournir les soins auxquels ils ont droit.

Cette situation a d’ailleurs incité un médecin de famille montréalais, Robert Marchand, à écrire en septembre un Petit manifeste pour bien mourir au Québec.
Le Dr Marchand, qui possède une expérience de 20 années en soins palliatifs, était indigné que la belle-mère d’un voisin soit en train de mourir chez elle dans la souffrance faute de soins adéquats.

Le médecin rappelle dans ce manifeste que l’accès à des soins palliatifs de qualité est un droit garanti par la Loi concernant les soins de fin de vie.

Cette loi, en vigueur depuis décembre 2015 et découlant du vaste débat sur la question de mourir dans la dignité et du consensus social établi, ne prévoit pas seulement que les personnes en fin de vie peuvent réclamer l’aide médicale à mourir.

Les malades et leurs proches doivent le savoir. Les politiciens et les gestionnaires du réseau de la santé doivent aussi se le rappeler sans que les patients et leur famille n’aient à crier leur désarroi dans les médias.

Il y a risque de glissement.

En juin, le président du Collège des médecins, Charles Bernard, avait jugé nécessaire de signaler son inquiétude dans une lettre au ministre de la Santé, Gaétan Barrette. Il craignait que des malades puissent réclamer l’aide médicale à mourir faute de soins palliatifs.

«Cette option ultime n’a de véritable sens, du point de vue médical, que si elle s’inscrit dans une offre de services robuste et complète de soins palliatifs partout au Québec», écrivait le Dr Bernard.

Celui-ci rapportait aussi des abandons et une absence de relève médicale dans plusieurs milieux.

Le dossier ne peut être traité à la légère. Les deux volets de la loi doivent être respectés. La Commission sur les soins de fin de vie doit tracer en décembre un bilan détaillé de l’accès aux soins palliatifs. Ce bilan sera utile pour la suite des choses.

Interrogée sur la situation prévalant dans la région de Québec, la ministre de la Santé, Danielle McCann, a affirmé jeudi que les soins palliatifs, «c’est une priorité au Québec». Elle sait aussi que la population réclame de plus en plus ces soins à domicile plutôt qu’à l’hôpital.

Reste maintenant à voir comment son gouvernement concrétisera ce souhait partout au Québec.