Sico par-ci, Legault par-là...

Appeler au boycott d’un produit ou d’une entreprise n’est certainement pas la façon la plus avisée de pratiquer le nationalisme économique. C’est pourtant ce que le premier ministre François Legault a choisi de faire, jeudi, après avoir appris que le fabricant de peinture Sico allait délocaliser une bonne part de ses activités en Ontario. Et ça ressemble à une grosse maladresse de la part de celui qui est en croisade pour «vendre» le Québec à l’étranger.

François Legault a beau se défendre d’avoir voulu en appeler au boycott des produits Sico, sa déclaration sur le sujet laisse place à bien peu d’interprétation.

«Ça m’achale, je vous avoue, je ne sais pas si les Québécois doivent continuer à acheter de la Sico qui n’est pas faite au Québec», disait-il alors qu’il était à Boston, jeudi. Plus tard, il en a rajouté une couche en faisant allusion au fait que les Québécois pouvaient choisir d’autres marques de peinture, comme Laurentide.

Il n’a pas prononcé le mot «boycott» mais c’est tout comme.

Faire la promotion de l’achat québécois est une chose normale pour un premier ministre. Mais entre un appel à l’achat local et une incitation au boycott, la ligne est parfois mince.

Le message ainsi envoyé par le premier ministre du Québec peut, lui, être mal interprété. Surtout par des partenaires commerciaux potentiels. Si François Legault donne l’impression de demander aux Québécois de ne pas acheter de la Sico parce que le siège social ou l’essentiel des opérations sont en Ontario, cela peut devenir un réel handicap lorsque viendra le temps de vendre le Québec en Ontario, par exemple.

Et justement, la prochaine mission commerciale de «Legault-le-commis voyageur» aura lieu dans la province voisine, dès lundi. Il y rencontrera le premier ministre Doug Ford et les échanges devraient porter essentiellement sur l’économie, plus particulièrement sur l’exportation d’hydroélectricité. Un type comme Doug Ford n’aura certainement pas été très heureux d’entendre son homologue québécois dire aux Québécois: «n’achetez pas un produit fabriqué en Ontario» quelques jours seulement avant de le recevoir pour se faire dire «achetez donc notre électricité».

Quoi qu’il en soit, le Québec voit filer un autre de ses fleurons économiques. Sico n’a pas la même envergure que Rona ou Bombardier, mais il est marqué par le même sentiment d’attachement des Québécois envers un produit qui, jusqu’à aujourd’hui, leur apparaissait comme étant «bien de chez nous». Sico fermera son usine du secteur de Beauport, à Québec, ainsi que son centre de distribution de la région de Montréal. On estime à environ 125 le nombre d’emplois qui seront ainsi perdus. Sico a évoqué des enjeux de compétitivité afin de justifier cette délocalisation.

François Legault a raison sur un point: la perte d’un siège social et d’une part importante des activités de production survient plus fréquemment dans des cas où on a laissé aller à des mains étrangères le contrôle d’entreprises locales. En ce sens, le mandat confié au ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, d’élaborer un plan d’action pour stopper l’hémorragie et prévenir les erreurs à venir, est une d’une cruelle nécessité.

Quand on parle de nationalisme économique, il est certainement plus sage de se concentrer sur de telles mesures et de penser à long terme, plutôt que d’y aller avec des déclarations à l’emporte-pièce qui peuvent nous rebondir en pleine figure à n’importe quel moment.