Philippe Couillard

Servir du réchauffé

Est-on à ce point à court d’idées dans cette campagne électorale pour qu’on soit ainsi obligé de nous servir du réchauffé? Libéraux et caquistes ont trouvé le moyen de remâcher des engagements ou des prises de position qu’ils avaient déjà formulés, comme pour s’assurer qu’ils avaient bel et bien été entendus sur le sujet.

Dans le cas des libéraux de Philippe Couillard, c’est la question de la décentralisation et des pouvoirs redonnés aux régions et aux villes qu’on a voulu marteler une fois de plus.

Le chef libéral, de passage en Abitibi-Témiscamingue, a réitéré son engagement concernant la nomination d’un ministre des Régions et de la Vitalité du Territoire, dont le mandat serait principalement lié au déploiement d’Internet dans 100 % des foyers québécois d’ici 2020. Du même souffle, il a évoqué la somme de 500 millions $ qui serait consacrée à l’atteinte de cet objectif.

Également, Philippe Couillard est revenu sur sa promesse de décentraliser les processus décisionnels de certains ministères en transférant les équipes concernées dans les régions où se trouve une grande part de leurs activités. Il avait déjà évoqué quelques régions périphériques pour accueillir des fonctionnaires de ministères s’occupant notamment des mines, de la faune, des pêcheries, des forêts. Difficile, pour l’instant, de voir comment la Mauricie ou le Centre-du-Québec pourraient se tailler une place dans cette forme de décentralisation.

Déjà, la région a encore en travers de la gorge certaines décisions du gouvernement de Philippe Couillard concernant les régions. C’est ce gouvernement qui avait dépouillé ou carrément aboli certaines directions régionales de ministères. Cette intervention avait fait mal en Mauricie. Et on ne parle même pas du Centre-du-Québec, qui est une des régions où la présence de l’État est la plus faible au Québec. Seulement quatre ministères y ont une direction, les autres étant gérés depuis Trois-Rivières, Montréal et même Longueuil.

Pas facile, quand on est une région et qu’on a vu disparaître les instances de concertation locale et régionale, ou qu’on a vu s’effacer le mot «régions» dans le nom du ministère des Affaires municipales, de croire – une nouvelle fois – le premier ministre.

Coïncidence ou non, la CAQ a imité le Parti libéral en réitérant sa position sur la légalisation du cannabis, position qu’on connaissait déjà. Même qu’on la connaissait depuis les débats sur la question à l’Assemblée nationale.

Mercredi, la CAQ a toutefois envoyé au micro et devant les caméras huit candidats vedettes, dont Sonia LeBel, qui tente de se faire élire dans Champlain. Le message était clair: un gouvernement caquiste prohiberait la consommation de cannabis dans les lieux publics et ferait passer à 21 ans l’âge légal pour en consommer.

Nous sommes, doit-on le rappeler, à moins d’un mois de l’entrée en vigueur de la légalisation. Et Québec a déjà orchestré son plan de match pour ce qui est de la distribution, de la prévention et de l’application de plusieurs autres aspects de l’initiative fédérale.

Évidemment, la conférence de presse sur la position connue de la CAQ sur le cannabis n’était principalement qu’un prétexte pour mettre en valeur l’équipe, pendant que le chef François Legault se préparait pour le débat de jeudi.

Dans les deux cas, l’opération avait pour but de s’assurer que le message avait été entendu. On a choisi d’insister sur des thèmes qui, le croit-on, pourraient trouver une forte résonance auprès des électeurs. Les libéraux tentent de maximiser le potentiel de gains dans les régions, là où un siège de moins à la CAQ signifie souvent un siège de plus aux libéraux. Dans un contexte de sondages qui témoignent d’un resserrement dans les intentions de vote, cela peut faire une différence.

Mais pour les électeurs, ça peut aussi donner l’impression qu’on les prend pour des imbéciles à qui il faut tout expliquer deux ou trois fois plutôt qu’une.