Martin Francoeur

Serrer la vis devient (malheureusement) nécessaire

ÉDITORIAL / Il y a des images qui commencent à faire craindre le pire.

La perspective de devoir faire marche arrière dans le processus de déconfinement semble possible sinon probable compte tenu de ce relâchement auquel on semble assister depuis quelques semaines. Le sentiment d’invincibilité est devenu trop grand et les gestes de délinquance pourraient faire échouer l’effort soutenu auquel la population est astreinte depuis bientôt quatre mois.

Des plages bondées, de terrasses où les règles de distanciation ne sont pas respectées, des rassemblements dans des parcs, des magasins où tout le monde se croise par quelques centimètres dans les allées, on n’en finit plus de voir des exemples de négligence, de délinquance ou de désinvolture. La rigueur des premiers jours est déjà loin derrière. C’est un problème et les autorités politiques en prennent maintenant la mesure.

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a annoncé lundi que le port du masque allait être obligatoire dès le 27 juillet dans les endroits publics fermés, notamment les commerces, les bars et les restaurants. Cette annonce survient quelques jours seulement après la recommandation, par le gouvernement du Québec, du port du masque dans les transports collectifs. Visiblement, on souhaite réduire les risques de transmission communautaire du virus, rendue plus probable en raison des mesures de déconfinement.

Le nouveau ministre de la Santé du Québec, Christian Dubé, s’est montré inquiet du relâchement observé dans différentes sphères d’activités. Lundi, il a mis en garde les personnes dont les agissements mettent en péril le déconfinement de la province, rappelant que les propriétaires de bars, de restaurants, de lieux de rassemblement ont la responsabilité d’assurer le respect des consignes de la santé publique. La possibilité d’imposer des amendes ou même d’ordonner la fermeture des établissements où les consignes ne seraient pas respectées a été évoquée.

Et lorsqu’on parle d’amendes et de coercition, on parle nécessairement d’une surveillance accrue. Une présence policière plus soutenue sera déployée dès jeudi dans les grandes villes de la province, assure-t-on. Le problème, avec les mesures de distanciation, c’est qu’elles sont extrêmement difficiles à faire appliquer par le personnel des lieux publics touchés. Plus la soirée avance, plus la consommation d’alcool rend les contacts plus nombreux et les distances entre les personnes plus courtes.

Il suffit de constater ce qui s’est passé au Mile Public House, un bar du quartier Dix30 de Brossard, pour saisir l’ampleur du problème. Parce que plusieurs clients ont reçu un diagnostic positif à la COVID-19, un appel a été lancé pour que toutes les personnes ayant fréquenté cet établissement le 30 juin dernier subissent un test de dépistage. À bien des égards, la terrasse du Mile Public House n’est pas très différente des terrasses de nombreux bars et restaurants de la région. On imagine facilement que les comportements des clients sont semblables.

La directrice de la Santé publique de la Montérégie a indiqué, avec raison, que ce serait une erreur de penser que cet établissement-là est plus à risque ou est plus dangereux qu’un autre. Dans une vidéo, la Dre Julie Loslier s’adresse particulièrement à la clientèle des bars en rappelant la situation observée aux États-Unis. La population plus jeune a tendance à se sentir peu concernée par la COVID-19. Des témoignages de jeunes qui se trouvaient à la plage d’Oka, en fin de semaine, conduisent également à cette conclusion.

En apparence, les faits semblent donner raison à ces téméraires. La grande majorité des décès liés à la COVID-19, au Québec, sont survenus dans des établissements de soins de longue durée. Mais il suffit de regarder un peu plus loin pour comprendre que le virus peut aussi faire des ravages dans des tranches plus jeunes de la population. Le décès de Nick Cordero, un acteur de théâtre d’origine canadienne bien connu sur Broadway, est consternant. L’homme de 41 ans, également chanteur et danseur, était en pleine forme avant de contracter la COVID-19. Il avait été hospitalisé à Los Angeles au début d’avril pour ce qui semblait être une pneumonie.

Il est vrai que les statistiques sont encourageantes. Il est vrai que les dommages causés par la COVID-19 sont plus importants chez les personnes de 70 ans et plus. Mais il est aussi vrai que les enfants, les jeunes et les adultes ont un rôle à jouer pour empêcher la propagation du virus. On a trop souvent tendance à l’oublier.

Il est grand temps de comprendre que tous les lieux publics, incluant les transports en commun, représentent des risques si on ne respecte pas la distance de deux mètres, qu’on ne porte pas de masque et qu’on ne respecte pas les mesures d’hygiène. À ce propos, la volonté exprimée par le ministre de la Santé de serrer la vis aux responsables de ces lieux où seraient observés des manquements aux règles en vigueur est une bonne nouvelle.

C’est juste dommage de devoir en arriver là. De faire le constat selon lequel une minorité d’inconscients ou d’insouciants mettent en péril non seulement les efforts faits collectivement depuis presque quatre mois, mais aussi la santé des Québécois.