Se doter de quoi, au juste?

ÉDITORIAL / «Initiez-vous au marxisme et dotez-vous d’une conception révolutionnaire du monde.» Telle est la formule d’appel que l’on peut lire sur les trop nombreuses affiches d’une activité prochaine, à Trois-Rivières, du Groupe d’éducation communiste. Si ce groupe entend faire de l’éducation communiste, il faudrait aussi qu’il reçoive une formation en civisme. Parce que l’affichage sauvage qu’il a pratiqué en plusieurs endroits de la ville est tout simplement inacceptable.

Que les responsables du Parti communiste révolutionnaire viennent à Trois-Rivières pour faire connaître leur groupe et espérer recruter quelques fanatiques ou simples sympathisants, c’est leur droit. Que la direction du Cégep de Trois-Rivières accepte de leur louer un local, c’est tout à fait correct.

Les idées politiques, dans la mesure où elles ne vont pas à l’encontre des droits humains reconnus et dans la mesure où elles n’impliquent pas de violence envers qui que ce soit, doivent circuler librement. Même si certaines d’entre elles semblent quelque peu surannées.

Mais ce groupe qui, sous le parapluie d’un parti politique, appelle les personnes intéressées à «se doter d’une conception révolutionnaire du monde» devrait d’abord respecter les principes élémentaires de vie en collectivité et de civisme. Ça veut notamment dire respecter les lois et les règlements en vigueur.

À Trois-Rivières, ces dernières semaines, il fallait être aveugle pour ne pas avoir aperçu, en marchant ou en roulant au centre-ville, une des affiches rouge et blanc du groupe d’éducation communiste. Elles sont partout. Elles sont surtout là où elles ne doivent pas être: sur des horodateurs, sur des poteaux de lampadaires, sur des boîtes aux lettres, sur des boîtes protectrices d’installations électriques, sur des pots de fleurs et du mobilier urbain.

Tout pour enfreindre l’article 2323 du règlement de zonage de la Ville, dans le chapitre traitant de l’affichage. Au paragraphe 6, il est strictement défendu d’installer une affiche ou de peindre une réclame «sur un lampadaire, un poteau pour fins d’utilité publique ou tout autre poteau n’ayant pas été conçu ou érigé spécifiquement pour recevoir ou supporter une enseigne, conformément aux dispositions du présent règlement».

Le pire, c’est qu’on les a sauvagement installées avec de la colle et on peut donc difficilement les enlever. Et on peut se compter chanceux: à Montréal c’est par des graffitis que le groupe affiche ses formations ou sa manifestation du 1er mai au square Phillips.

Heureusement, la Ville de Trois-Rivières n’entend pas laisser passer cet épisode d’affichage frénétique. Une mise en demeure sera signifiée au groupe pour qu’il retire, dans un délai de sept jours, toutes les affiches collées sur le territoire de la ville. Sinon, ce sera une amende de 1000 $ et on refilera au groupe la facture de main-d’oeuvre et d’équipements pour l’enlèvement des affiches par des cols bleus, le cas échéant.

Le Parti communiste révolutionnaire aurait pu s’en tenir, comme il l’a fait à proximité de certains commerces ces derniers jours, à une distribution de tracts de main à main. À condition, évidemment, d’avoir les autorisations des propriétaires des commerces en question.

Mais le fait de respecter les règles et d’obtenir les autorisations ne semble visiblement pas être dans les priorités ou les façons de faire de ce parti politique. Pas plus que le fait de respecter ses engagements pour des entrevues auprès de certains médias, dont Le Nouvelliste. Ça ne fait pas sérieux.

Le groupe aura certainement réussi à faire parler de lui. Mais pas nécessairement de la bonne façon: organisation broche à foin, méthodes d’affichage sauvage, pollution visuelle et pollution tout court, infractions à la réglementation municipale.

Et dire que ce groupe voulait avant tout informer la population et lui permettre de se familiariser avec les théories socialiste et communiste... Ça s’appelle manquer son coup pas à peu près.