Se battre contre des moulins à vent

Décidément, le courant ne passe pas entre Hydro-Québec et les élus de l’agglomération de La Tuque. La société d’État n’en finit plus de recevoir des volées de bois vert de la part du maire de La Tuque et, visiblement, elle commence à en avoir ras le bol des coups d’éclat de cet interlocuteur déchaîné. C’est de bien mauvais augure pour les discussions entourant les demandes de la communauté latuquoise ou celles concernant des projets à venir. Le maire Tremblay devra mettre un peu d’eau dans son vin.

Ce sont les pannes de courant fréquentes et parfois trop longues qui ont provoqué la colère des élus au cours de l’été. Pierre-David Tremblay ne mâchait pas ses mots: il affirmait en avoir ras le bol de «la bullshit» d’Hydro-Québec. La grogne s’est un peu apaisée à la suite de l’interruption planifiée dans le secteur Parent, le 6 août dernier. Les travaux se sont déroulés rondement, à la satisfaction des élus et de la population du coin.

Mais un mois plus tard, il aura fallu la simple chute d’un arbre sur des fils électriques, dans le secteur de La Croche, pour attiser de nouveau la colère des élus de l’agglomération latuquoise. Cet incident a fait ressurgir certaines doléances concernant la présence permanente d’une équipe de monteurs de ligne d’Hydro-Québec à La Tuque.

Là-dessus, on serait presque tenté de donner raison à Pierre-David Tremblay. L’agglomération de La Tuque compte une population d’une quinzaine de milliers de personnes et il n’y a aucune raison pour que les clients d’Hydro-Québec de ce coin-là soient moins bien desservis que ceux qui vivent dans une ville où les monteurs de ligne peuvent être là en quelques minutes à peine lorsque survient un incident. Il y a déjà eu des équipes permanentes de monteurs en Haute-Mauricie. Mais les compressions ayant fait leur œuvre au fil des ans, ce n’est plus le cas.

On comprend l’impatience et la déception des élus locaux. On saisit aussi très bien l’argumentaire concernant la sécurité des citoyens. À la rigueur, on pourrait être sympathique à l’idée de refiler à Hydro-Québec la facture des coûts occasionnés par les pannes non réglées dans des délais raisonnables.

Le problème, c’est qu’en se réfugiant dans le camp de l’intransigeance et de l’agressivité, le maire Tremblay n’aide pas sa cause. Ses sorties intempestives et ses formules à l’emporte-pièce pourraient finir par lui jouer des tours.

Le maire de La Tuque dit ne pas vouloir porter l’odieux des problèmes engendrés par les délais ou par le service déficient d’Hydro-Québec. Cela peut paraître noble, mais à force de répéter, de dénoncer et de multiplier les invectives, ça risque de couper des canaux de communications pourtant essentiels.

Hydro-Québec, par exemple, doit réaliser prochainement des travaux majeurs, évalués à 30 millions $, dans le secteur de Parent pour améliorer la ligne de transport. Mieux encore, Hydro a dans ses cartons un important projet de réfection de la centrale de Rapide-Blanc. Un demi-milliard de dollars, estime-t-on déjà. Et des retombées économiques considérables pour La Tuque si on se fie à l’expérience, il y a dix ans, des travaux de construction des centrales de Chute-Allard et de Rapide-des-Cœurs. Dans la planification de tels chantiers, il est nécessaire que la communication soit bonne entre les deux parties.

Présentement, le maire de La Tuque s’isole et dit ne plus vouloir parler à Hydro-Québec, allant même jusqu’à jouer la carte de la chaise vide lors d’une rencontre convoquée pour faire le point sur les revendications du milieu. Cela envoie de bien mauvais messages.

Hydro-Québec considère comme un manque de respect les gestes d’éclat de Pierre-David Tremblay. Déjà, les représentants de la société d’État avaient fait un bout de chemin, allant jusqu’à faire un mea-culpa pour le manque de communication lors de l’interruption planifiée à Parent. Un engagement pour de meilleures communications a aussi été pris. Bref, il y a de la bonne volonté du côté d’Hydro.

Et tout ce qu’on perçoit du côté du maire Tremblay, c’est de la mauvaise foi et de l’orgueil mal placé.