Le 13 juillet dernier, le premier ministre canadien annonçait la nomination de Julie Payette au poste de gouverneur général du Canada.

Savoir mettre cartes sur table

Ce n'est sûrement pas l'idée du siècle. Justin Trudeau a choisi de ne pas commenter le fait que des accusations de voies de fait avaient été déposées puis retirées contre la gouverneure générale désignée, Julie Payette, alors qu'elle vivait aux États-Unis en 2011. Le premier ministre aurait dû saisir l'occasion pour expliquer aux Canadiens que ces accusations avaient été abandonnées deux semaines après leur dépôt.
Peu importe l'opinion qu'on peut avoir sur la pertinence de la fonction de gouverneur général, il faut bien vivre avec les nominations à ce poste. À ce chapitre, l'annonce de la désignation de Julie Payette avait été reçue de façon favorable, de façon pratiquement unanime.
Mais voilà. En faisant une simple vérification d'antécédents, des journalistes ont trouvé cette inscription aux registres judiciaires de l'État du Maryland, selon laquelle Mme Payette avait fait l'objet d'accusations de voies de fait au second degré. Les documents ne font pas état des faits ayant entraîné le dépôt de ces accusations.
Plusieurs raisons peuvent expliquer l'arrêt des procédures dans cette affaire de dispute domestique. Le plaignant serait l'ex-conjoint de Julie Payette, William Flynn, qui serait également la victime alléguée. Mais à partir du moment où il y a dépôt d'un nolle prosequi, l'affaire est considérée comme close. Julie Payette n'a jamais été reconnue coupable de quoi que ce soit.
Le problème, c'est que des traces subsistent, notamment sur le web.
Et il est légitime que des journalistes et la population canadienne de façon plus large s'intéressent au passé de celui ou celle qui représentera la reine au pays.
Normalement, un tel «background check» doit être fait par le bureau du premier ministre ou par les services de renseignement avant de recommander la nomination par la reine de Julie Payette au poste de gouverneure générale. Des représentants du cabinet du premier ministre ont confirmé à La Presse, plus tôt cette semaine, qu'une telle recherche d'antécédents judiciaires avait été faite dans le cadre du processus de sélection, mais ils n'ont pas voulu indiquer si celle-ci avait permis de découvrir l'incident survenu dans le Maryland en 2011.
Chose certaine, le premier ministre aurait dû le dire lui-même que ces vérifications avaient été faites. Autrement, ça donne une impression de désinvolture. Ça peut même laisser croire que ni le premier ministre, ni son équipe n'étaient au courant de cet épisode, ce qui serait étonnant. C'était à lui d'insister sur le fait que cette affaire est chose du passé, qu'il n'y a jamais eu de suite à ces accusations.
La principale intéressée a eu plus de classe dans sa déclaration fournie par Rideau Hall. Elle y mentionne ceci: «Pour des raisons familiales et personnelles, je ne commenterai pas ces accusations sans fondement, pour lesquelles j'ai été immédiatement et complètement blanchie il y a plusieurs années, et j'espère que les gens respecteront ma vie privée».
La vie privée est une chose. Mais l'inscription d'accusations est un acte essentiellement public. Peu importe l'issue de cette affaire, il s'agit d'un acte qui malheureusement pour elle, dépasse le cadre de la vie privée.
À ce moment-là, il convient d'éteindre les feux efficacement et intelligemment. C'était au premier ministre à le faire, avec la même efficacité et la même rigueur qu'il a démontrées pour mettre en valeur les exploits et le CV de celle qu'il a choisie pour devenir gouverneure générale.