La ministre du Patrimoine Mélanie Joly.

S’attaquer aux fausses nouvelles

Le Canada devrait prendre des notes à la suite de l’initiative déployée en Europe pour s’attaquer aux fausses nouvelles. L’Union européenne s’adresse aux géants du web comme Google, Facebook et Twitter pour que ceux-ci adhèrent à un nouveau code de conduite en cette matière. Avec lucidité, l’Union européenne reconnaît que le phénomène est devenu préoccupant et problématique, notamment quant à ses répercussions sur l’humeur électorale des citoyens.

S’attaquer aux fausses nouvelles n’est pas une mince affaire. Il faut évidemment trouver à qui s’adresser, savoir quelle poignée prendre. Il faut avant tout pouvoir déterminer ce qu’est une fausse nouvelle et qui a le pouvoir de porter un tel jugement.

La Commission européenne a décidé de confier, en quelque sorte, une bonne part de cette responsabilité aux plateformes en ligne. D’ici juillet, celles-ci devraient établir un code de bonnes pratiques et y adhérer. L’exercice a pour but d’identifier le contenu politique commandité, de mettre en place des règles pour fermer les faux comptes, de mieux surveiller la désinformation et de mettre sur pied un réseau indépendant de vérification des faits.

Contraindre les gros joueurs du Web à agir parce que leurs plateformes jouent un rôle important dans la propagation de fausses nouvelles constitue un bon début. Ce sont leurs infrastructures que les acteurs malintentionnés utilisent pour diffuser des informations fausses ou tournées à leur avantage.

C’est devenu monnaie courante: des individus, des groupes idéologiques, des partis politiques et des influenceurs de tout acabit tentent, par la manipulation et la désinformation, de contaminer la population en général ou de cibler des individus. De telles pratiques sont de plus en plus utilisées en période électorale.

Au Canada, on est aussi conscient que les fausses nouvelles constituent une menace envers les institutions démocratiques. Mais on n’a pas encore trouvé de moyens concrets de s’attaquer au problème.

Des documents obtenus par La Presse canadienne en vertu d’une demande d’accès à l’information démontraient toute l’impuissance du gouvernement canadien face à ce phénomène relativement nouveau. Ces documents, qui sont essentiellement des notes d’information préparées en novembre dernier pour la ministre du Patrimoine Mélanie Joly par son sous-ministre Graham Flack, mentionnaient que le gouvernement fédéral ne croit pas pouvoir faire une différence à lui seul pour endiguer le flot de fausses nouvelles qui déferlent sur le Canada.

Là où le bât blesse, c’est dans la détermination de ce qui doit ou non être considéré comme de la fausse information. Un tel mandat, évidemment, ne peut être mis entre les mains du gouvernement. Cela aurait certainement un effet contraire, exacerbant la théorie du complot que certains dénoncent déjà sans grand discernement.

Les notes obtenues par La Presse canadienne évoquaient la possibilité, pour le gouvernement, d’établir des partenariats entre les entreprises de médias sociaux et des organisations d’éducation aux médias afin de combattre la désinformation. Une telle notion de partenariat demeure trop floue. Il faudra quelque chose de plus contraignant. Le gouvernement est en droit d’exiger des résultats.

Parmi les moyens de lutter contre les fausses nouvelles, il ne faudrait pas oublier celui qui, au fond, est peut-être le plus élémentaire: donner aux infrastructures existantes les moyens et l’aide nécessaire pour produire de l’information crédible. Les médias traditionnels, qui traversent une crise sans précédent, peuvent être l’antidote à la fausse information. Il suffit de leur donner les moyens de remplir leur mandat et de faire en sorte que le pillage de leurs contenus soit puni et adéquatement compensé.

Enfin, l’Europe pourrait aussi inspirer le Canada par d’autres mesures qui seront déployées, comme le soutien à la création d’un réseau indépendant de vérificateurs de faits, l’établissement de mesures visant à stimuler un journalisme de qualité et, surtout, la promotion de l’éducation aux médias.

C’est plus que jamais une nécessité.