Martin Francoeur

Saint-Élie-de-Caxton, capitale des élections partielles

ÉDITORIAL / La valse des conseillers municipaux se poursuit à Saint-Élie-de-Caxton.

Au cours des trois dernières semaines, deux élus ont annoncé qu’ils quittaient leurs fonctions, ce qui porte à cinq le nombre de démissions au sein du conseil depuis l’élection de novembre 2017. Il y a manifestement un problème dans la petite municipalité, mais personne ne semble vouloir le voir. Et personne ne sait comment l’aborder, ce qui est hautement préoccupant.

Au cours des derniers jours, la conseillère Élaine Legault a remis sa démission. Elle avait été élue au siège numéro 6 en mars 2019 pour remplacer le conseiller Jacques Defoy, qui avait démissionné deux mois plus tôt. Le 9 juillet dernier, c’est la conseillère Charline Plante qui avait annoncé sa démission. Le conseiller François Beaudry, élu au siège numéro 5 en 2017, avait démissionné un an plus tard. Son remplaçant, Roger Sylvestre, avait été élu sans opposition le 1er mars 2019. Il démissionnait à son tour neuf mois plus tard.

Cinq démissions, ça commence à faire beaucoup.

Et il n’y aurait qu’un pas à franchir pour conclure que le conseil municipal, à Saint-Élie-de-Caxton, est dysfonctionnel.


« Et il n’y aurait qu’un pas à franchir pour conclure que le conseil municipal, à Saint-Élie-de-Caxton, est dysfonctionnel. »
Martin Francoeur

Plusieurs citoyens de la municipalité ont déjà tiré cette conclusion et ont réclamé l’intervention de la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest. En novembre dernier, une pétition réclamant la fin du mandat du maire Robert Gauthier avait été déposée à l’Assemblée nationale par la députée Isabelle Melançon, marraine de la Mauricie au sein de l’opposition libérale à Québec. Le député de Maskinongé à l’Assemblée nationale, Simon Allaire, démontrait pour sa part une préoccupation sérieuse envers la situation qui plombe le climat paisible à Saint-Élie. Lui et sa collègue ministre des Affaires municipales, Andrée Laforest, disaient alors suivre la situation de près. La direction régionale de ce ministère a accompagné la Municipalité à deux reprises en 2019. La Commission municipale du Québec avait pour sa part déterminé que l’administration suivait les règles en place.

En mai dernier, le Commissaire à l’intégrité municipale et aux enquêtes, qui avait reçu le mandat de la ministre de s’intéresser à l’administration municipale de Saint-Élie-de-Caxton, a informé les autorités municipales caxtoniennes qu’il n’entreprendra pas d’enquête en vertu de la Loi facilitant la divulgation d’actes répréhensibles à l’égard des organismes publics et qu’il considérait le dossier clos. Ce dossier, auquel le Commissaire fait référence, c’est celui d’une divulgation d’actes répréhensibles concernant certains déboursés qui auraient été non conformes à la saine gestion des deniers publics de même que l’obtention et l’utilisation des subventions pour l’aménagement du Parc de la nature et culture. Il s’agit donc d’un dossier spécifique.

Mais le problème, à Saint-Élie-de-Caxton, est plus général et semble se révéler davantage dans les relations interpersonnelles, dans les relations de travail et dans les façons de faire plutôt que dans les règles d’attribution des contrats ou dans les conventions collectives de travail.

Outre les procédures officielles par le biais de la Commission municipale du Québec ou du Commissaire à l’intégrité municipale et aux enquêtes, la ministre Laforest avait laissé entendre qu’elle allait faire enquête sur ce qui se passe à Saint-Élie-de-Caxton. Les initiateurs de la pétition de l’automne dernier sont toujours en attente de développements à cet effet.

Il est de mise, pour un gouvernement provincial, de ne pas s’ingérer dans les affaires d’une municipalité. Mais comme les représentants du gouvernement provincial aiment eux-mêmes souvent le rappeler, les «municipalités sont des créatures du gouvernement du Québec». Et quand une de ces «créatures» semble présenter des difficultés de fonctionnement, il serait normalement du devoir de Québec d’intervenir autrement que par un simple accompagnement dans des dossiers ou des projets spécifiques.

Il y a un problème de capital humain à Saint-Élie-de-Caxton. Et ça ne touche pas seulement les conseillers municipaux. Au sein de la petite équipe d’employés de la Municipalité, on ne compte plus les congés de maladie, les démissions et les congédiements.

Le maire Gauthier, dans l’Infolettre municipale de juin, mentionne avec raison qu’«il est dommage que la réputation de personnes, qui s’impliquent honnêtement, généreusement, avec rigueur et passion dans la gestion municipale au service de l’ensemble des citoyennes et citoyens de Saint-Élie-de-Caxton, soit ainsi ternie à la grandeur du Québec». Il a surtout raison lorsqu’il dit que c’est la réputation de la municipalité qui en prend un coup.

Mais alors comment identifier des responsables? Comment penser que ce n’est que le résultat du travail de sape d’un petit groupe d’individus? Quand une telle situation se produit, il y a généralement deux factions ou deux visions qui s’opposent. C’est un problème lié au style de gestion, aux conflits de personnalités et aux vieilles rancunes de village. Et cela ne se répercute pas seulement au sein du conseil ou dans la fonction publique municipale. Il suffit de voir le fiasco dans les relations avec le conteur Fred Pellerin pour comprendre que quelque chose ne tourne vraiment pas rond.

Il faut être aveugle pour ne pas constater que le malaise est profond et que la récurrence des situations problématiques sur le plan de la gestion des ressources humaines devrait faire clignoter quelques voyants rouges sur le tableau de bord des Affaires municipales.

Saint-Élie-de-Caxton a besoin d’aide. Et ce ne sont pas les lutins, malgré toute leur bonne volonté, qui vont pouvoir la lui apporter.