Ruth Ellen Brosseau

Ruth Ellen, indélogeable?

La nouvelle est presque passée inaperçue la semaine dernière. Probablement parce qu’il s’agit d’une simple nomination à une fonction au sein d’un parti fédéral. La désignation de Ruth Ellen Brosseau à titre de leader parlementaire du Nouveau Parti démocratique vient toutefois confirmer quelque chose de plus important encore: la députée de Berthier-Maskinongé est plus que jamais une figure de proue non seulement au sein de son parti, mais à la Chambre des communes.

Le chef du NPD Jagmeet Singh a confirmé la semaine dernière que Ruth Ellen Brosseau allait occuper cette fonction de leader parlementaire du deuxième groupe d’opposition en Chambre. C’est une marque de confiance majeure.

Fait intéressant à noter: avec cette nomination, les leaders parlementaires des trois principaux partis aux Communes sont des femmes: la ministre Bardish Chagger pour les libéraux, la députée Candice Bergen pour les conservateurs et maintenant la députée Brosseau pour le NPD.

Essentiellement, le rôle de leader parlementaire consiste à guider les travaux législatifs de son parti à la Chambre des Communes, à s’occuper des questions relatives aux procédures et à négocier le calendrier de la session parlementaire en cours. Bien sûr, les leaders parlementaires du gouvernement et de l’opposition officielle sont peut-être davantage sollicités ou davantage sous les projecteurs, mais la fonction qu’occupe désormais la députée de Berthier-Maskinongé n’en est pas moins prestigieuse. Et surtout essentielle au bon fonctionnement des travaux.

Lundi, à sa première journée dans ses nouvelles fonctions, Ruth Ellen Brosseau a non seulement passé le test, mais elle a posé un geste extraordinaire.

Dans le cadre du processus d’adoption du projet de loi sur des environnements de travail sains et sécuritaires, qui vise à offrir aux travailleurs et aux employeurs une marche à suivre claire pour mieux gérer les allégations d’intimidation, de harcèlement et d’inconduite sexuelle, les députés ont adopté une motion soumise par la nouvelle leader parlementaire du NPD.

Ruth Ellen Brosseau proposait, par le biais de cette motion, une procédure accélérée qui allait permettre d’acheminer la proposition directement devant le comité des ressources humaines de la Chambre des communes pour une étude plus approfondie. L’initiative a été remarquée.

Ruth Ellen Brosseau n’en finit plus de surprendre non seulement ses collègues parlementaires, mais aussi la population, les élus avec qui elle travaille, les journalistes, les commentateurs politiques.

Déjà, en 2011, elle avait surpris tout le monde en étant élue députée de Berthier-Maskinongé sans même avoir fait campagne. Elle a impressionné par le sérieux avec lequel elle a fait ses classes comme députée. Elle est devenue une figure respectée et aimée dans sa circonscription et au sein de son parti. Elle est une des rares néodémocrates à avoir survécu à la vague libérale de 2015.

Ce qu’il y a de plus remarquable encore, c’est que même s’il est encore tôt pour se prêter au jeu des prédictions, elle pourrait bien être une des deux seules survivantes néodémocrates aux prochaines élections fédérales de 2019. Des sites web spécialisés dans la compilation de sondages et dans les projections de résultats électoraux indiquent actuellement que seulement deux députés néodémocrates québécois – sur les seize qui ont survécu à la vague libérale de 2011 – sont en bonne position d’être réélus en 2019: Alexandre Boulerice dans Rosemont–La-Petite-Patrie et Ruth Ellen Brosseau dans Berthier-Maskinongé.

Évidemment, tout peut encore bouger d’ici les élections, mais elle apparaît déjà comme une incontournable, voire une indélogeable, parmi les députés en poste. Qui aurait pu dire ça, il y a sept ans?

C’est tout à son honneur. Elle a travaillé fort pour effacer les préjugés et les moqueries dont elle était la cible. Elle a fait ses devoirs et les a bien faits.

Ça impose le respect.