Martin Francoeur
Le Nouvelliste
Martin Francoeur

Retirer des projectiles... et rétrocéder une île?

ÉDITORIAL / C’est toute une tâche qui attend la Défense nationale du Canada pour débarrasser le lac Saint-Pierre d’une partie des obus qui y ont été projetés entre 1952 et 1999. 

Tellement qu’on a dû tenir un Bureau d’audiences publiques en environnement sur ce projet d’atténuation du risque à la sécurité publique lié aux munitions explosives non explosées au lac Saint-Pierre. Au cours des neuf prochaines années, on pourrait retirer 14 500 projectiles et faire exploser ceux qui auraient encore une charge explosive. Une affaire de 48 millions $. Et tant qu’à faire, il serait souhaitable que la Défense nationale redonne l’île Moras à la communauté nicolétaine. Ce serait la moindre des choses.

Utiliser le lac Saint-Pierre comme champ de tir d’essai pour des obus était peut-être une idée acceptable il y a plus de soixante ans, mais on a de la difficulté à croire que cela pourrait être encore possible de nos jours, alors que le lac Saint-Pierre est inscrit à la Réserve mondiale de la Biosphère. On rapporte qu’en près d’un demi-siècle, ce sont près de 300 000 projectiles qui ont été tirés dans le lac Saint-Pierre, sur une superficie d’environ 152 kilomètres carrés.

L’objectif est de nettoyer en partie le lit du lac Saint-Pierre, mais surtout de réduire le niveau de risque de cette zone d’essais en la faisant passer d’élevée à faible. Pour ce faire, il faudra faire exploser les projectiles les plus potentiellement dommageables. Le BAPE estime que les impacts environnementaux associés à une telle opération varieraient de «négligeables» à «minimes». On veut toutefois s’assurer que le bruit, les vibrations et les cratères occasionnés ne bouleverseront pas trop la faune et la flore aquatique. Des mesures de sécurité seront aussi déployées sur le littoral. Bref, on veut s’assurer de bien faire les choses.

Et tant qu’à vouloir bien faire les choses, un geste symbolique pourrait venir couronner la démarche.

Il faudrait trouver un moyen pour que le fédéral puisse rétrocéder l’île Moras, située à l’embouchure de la rivière Nicolet et qui a été le berceau de la colonisation dans ce secteur. L’île, d’une superficie de 183 hectares, est la propriété de la Défense nationale, qui ne l’utilise plus depuis plusieurs années.


« Le 350e anniversaire de la ville, qui sera célébré en 2022, pourrait être le prétexte parfait pour que le fédéral pose ce geste symbolique de redonner l’île à la communauté. Après tout, un demi-siècle d’essais balistiques dans le secteur de Nicolet-Sud, ça mérite compensation. »
Martin Francoeur

Déjà, la Ville de Nicolet a fortement exprimé la volonté de mettre en valeur l’île Moras et de redonner à la population un accès à ce joyau écologique. Le 350e anniversaire de la ville, qui sera célébré en 2022, pourrait être le prétexte parfait pour que le fédéral pose ce geste symbolique de redonner l’île à la communauté. Après tout, un demi-siècle d’essais balistiques dans le secteur de Nicolet-Sud, ça mérite compensation.

Le projet que caresse la Ville de Nicolet de mettre en valeur l’île Moras constituerait d’ailleurs un complément intéressant de la mise en valeur écologique qui est déjà bien amorcée quelques centaines de mètres plus loin, au parc écologique de l’Anse-du-Port.

Ce n’est pas d’hier qu’on souhaite se réapproprier l’île Moras, considérée comme un écrin exceptionnel pour le patrimoine faunique et floristique. L’idée de la transformer en réserve naturelle et récréotouristique accessible au public remonte à plusieurs décennies et c’est un dossier qui est toujours demeuré ouvert du côté de la Ville de Nicolet. Il y a quarante ans, le projet du parc Moras – qui avait pour objectif de mettre en valeur ce milieu naturel – avait vu le jour, mais l’accès difficile à l’île et l’absence de moyens avaient étouffé la volonté de favoriser les activités d’observation de la nature et de randonnée pédestre, notamment.

Depuis quelques années, on tente de sensibiliser les représentants du gouvernement fédéral à la possibilité d’une rétrocession. Le député Louis Plamondon avait abordé les ministres conservateurs qui se sont succédé sous Stephen Harper. L’année dernière, la mairesse Geneviève Dubois et le conseiller Stéphane Biron avaient interpellé le ministre François-Philippe Champagne pour qu’il puisse intervenir à son tour.

La valeur naturelle et historique de l’île Moras est considérable. Il importe de rendre ce lieu accessible et de l’aménager de façon respectueuse et ça tombe bien parce que c’est en plein ce que souhaitent les autorités municipales.