Martin Francoeur

Repenser nos centres-villes

ÉDITORIAL / Elle est intéressante cette initiative par laquelle les villes de Trois-Rivières et de Shawinigan deviennent en quelque sorte des laboratoires pour l’aménagement de terrasses extérieures sur la voie publique. La rue des Forges et la 5e Rue, principalement, deviendront des espaces piétonniers sur lesquels pourront empiéter les propriétaires de bars, de restaurants et de cafés. Cela pourrait marquer le début d’une ère nouvelle pour nos centres-villes ou à tout le moins une lueur d’espoir pour que les commerçants puissent sortir la tête de l’eau.

Le projet pilote visant à repenser la fonction et l’utilisation des espaces publics dans ce contexte de distanciation sociale a été mis de l’avant par les sociétés de développement commercial des deux villes. Trois-Rivières Centre (anciennement la SDC de Trois-Rivières) et le Regroupement des gens d’affaires de Shawinigan ont obtenu l’aval des conseils municipaux et pourront vraisemblablement obtenir les permis ou les dérogations nécessaires auprès de la Régie des alcools, des courses et des jeux au cours des prochains jours. Dès que le gouvernement autorisera la réouverture des restaurants, les propriétaires de ceux-ci pourront aménager des terrasses surdimensionnées.

Parce qu’il faut bien le dire: les mesures de distanciation physique sont là pour rester encore un bout de temps. Les tables devraient donc, en principe, être éloignées de deux mètres les unes des autres.


« Si les restaurateurs et propriétaires d’établissements arrivent à retrouver ne serait-ce qu’une portion de chiffre d’affaires digne de ce nom, ce sera déjà une amélioration par rapport aux deux derniers mois. »
Martin Francoeur

Il est intéressant de constater l’ouverture dont ont fait preuve les autorités impliquées dans le processus, notamment la Régie des alcools, des courses et des jeux. Le mot d’ordre semble être de faciliter la tâche des restaurateurs et c’est tant mieux. Déjà que l’activité culturelle et l’animation des centres-villes en prennent un coup, il est bon de donner un peu d’air aux propriétaires d’établissements de restauration et aux commerçants par le fait même.

Au nombre des avantages collatéraux de la conversion de certaines artères en rues piétonnières, il y a d’abord celui de la sécurité des piétons. Avec l’arrivée du beau temps et la levée progressive de certaines mesures de distanciation, ils seront de plus en plus nombreux à s’y promener. Même sur des trottoirs larges, la distance de deux mètres constitue parfois une mesure difficile à respecter et encore plus à faire appliquer.

Également, la piétonnisation de certaines artères aura certainement un impact sur l’achat local, tant prôné comme nécessité depuis le début de la crise actuelle.

L’ex-conseiller municipal trifluvien et ex-candidat à la mairie de Trois-Rivières, Jean-François Aubin, avait d’ailleurs évoqué cette idée de repenser l’utilisation de l’espace public pour les cafés, les restaurants et les bars. Dans une lettre d’opinion récemment publiée par Le Nouvelliste, il plaidait pour que la crise que nous traversons devienne une occasion, en matière d’aménagement urbain, de penser en dehors des lieux communs. «Donnons l’autorisation aux restos, cafés, bars d’occuper des espaces publics habituellement non utilisés pour offrir leur service tout en conservant les consignes de distanciation sociale. Des sections de rue, des parcs, des terrains vacants pourraient être utilisés pour cela. Cela permettrait également à des artistes de tenir des représentations tout en respectant les mesures de santé publique», écrivait-il.

Cette idée semble maintenant partagée par plusieurs. Elle trouve peut-être son inspiration dans ce qu’ont fait certaines villes européennes. Le coeur commercial et historique de Vilnius, capitale de la Lituanie, est en train de devenir une vaste terrasse et ça semble beaucoup plaire aux commerçants et à la clientèle. Les restaurateurs de la vieille ville peuvent agrandir leurs terrasses sur l’espace public sans payer de redevance pour la saison estivale.

Souhaitons que le modèle qui sera mis en place à Trois-Rivières et à Shawinigan puisse connaître le même succès et qu’il fasse école pour d’autres villes.