Fernand Bédard

Remettez le nom de Fernand!

ÉDITORIAL / Il n’est jamais trop tard pour réparer une erreur du passé… On apprenait cette semaine que Stéréo + n’allait sûrement pas renouveler l’entente qui lui permet d’avoir son nom sur la façade du stade de baseball de Trois-Rivières. Pourrait-on profiter de l’occasion pour réfléchir à la possibilité de ramener le seul et unique nom qui devrait se retrouver sur cette infrastructure: celui de Fernand Bédard?

Retour en juin 2016. La direction des Aigles de la ligue Can-Am et le maire Yves Lévesque annoncent que le stade trifluvien portera désormais le nom de Stade Stéréo +. Et vlan! Quinze ans après avoir honoré Fernand Bédard en mettant son nom sur le stade dont il a jalousement pris soin pendant des dizaines d’années, le conseil municipal faisait cavalièrement marche arrière pour permettre aux Aigles d’aller chercher du financement.

Difficile de trouver «meilleure» façon de manquer de respect à un des plus grands bâtisseurs du baseball régional. En fait, si le stade du parc de l’Exposition tient encore debout aujourd’hui, c’est grâce aux bons soins de Fernand Bédard.

Bon joueur, M. Bédard avait mentionné à l’époque qu’il comprenait la situation. Pouvait-il réagir autrement sans risquer de passer pour un homme imbu de lui-même? Mais mettez-vous à sa place: on vous fait l’honneur de mettre votre nom sur une importante infrastructure pour ensuite l’enlever au profit de la notoriété d’une compagnie. C’est ce qu’on appelle passer de la fierté à la triste réalité!

C’est fou les choses qu’on peut se permettre dans le merveilleux monde du sport. Les Cataractes et Shawinigan avaient pratiquement fait la même insulte à la mémoire de Jacques Plante en vendant le nom du nouvel aréna à Bionest puis à Gervais Auto. Les dirigeants shawiniganais avaient au moins l’excuse qu’il s’agissait d’une construction toute neuve. N’en reste pas moins qu’il faudrait y penser deux fois avant d’effacer ainsi les noms de nos bâtisseurs de la mémoire collective. Agir de cette façon a comme triste résultat de reléguer aux oubliettes des parties importantes de notre histoire et de notre fierté régionale. Jean-Guy Talbot sera-t-il le prochain à goûter à cette indifférence historique?

Pourrait-on se permettre ce même affront en culture? Comment réagirait la famille d’Anaïs Allard-Rousseau si on donnait le nom de la salle de la Maison de la culture à un commanditaire? A-t-on déjà pensé à vendre le nom de la salle Thompson? Bien sûr que non! On assisterait à une levée importante de boucliers. Alors, pourquoi l’a-t-on fait à Fernand Bédard? En fait, quand on donne le nom de quelqu’un à un lieu, à une rue ou à un édifice, ça devrait être pour toujours. À moins évidemment que la personne honorée ne se retrouve dans une controverse innommable, ce qui n’est pas le cas dans le dossier qui nous interpelle aujourd’hui.

L’organisation des Aigles doit travailler fort actuellement pour trouver une autre compagnie qui aimerait voir son nom à l’entrée du très beau stade de Trois-Rivières. Le nouveau nom restera là combien de temps? Deux, trois ans? Ça manque de vision à long terme.

On peut comprendre que cet argent est important pour boucler le budget. Mais n’y a-t-il pas un autre moyen d’attirer les intéressantes commandites? Entre autres, ne serait-il pas possible d’apposer le nom d’un commanditaire aux côtés de celui de l’équipe comme les Aigles juniors l’ont fait avec Plante Sports? C’est une suggestion parmi sûrement tant d’autres possibles. Et si les Aigles Can-Am veulent vraiment faire un coup de circuit sur le plan marketing, ils n’ont qu’à inviter Fernand Bédard à une soirée spéciale de baseball… lors de laquelle son nom reprendra enfin sa place.

Il ne faut pas oublier qu’il revient au conseil de ville, qui consent déjà beaucoup de privilèges aux Aigles soit dit en passant, de trancher le débat puisque le stade de baseball demeure une infrastructure municipale. En pleine course à la mairie, il serait intéressant de connaître l’opinion des candidats concernant cette triste décision prise par l’ex-maire Lévesque.