Martin Francoeur
La nouvelle présidente du Conseil du trésor, Sonia Lebel.
La nouvelle présidente du Conseil du trésor, Sonia Lebel.

Remaniement ministériel à Québec: LeBel monte, Martel attend

ÉDITORIAL / Petite opération de brassage de cartes à Québec, lundi, alors que François Legault a procédé à un remaniement ministériel. Sans doute en prévision de la gestion d’une crise liée à une possible deuxième vague de cas de COVID-19, le premier ministre a voulu modifier son équipe pour mieux affronter une telle éventualité. Pas de nouveaux venus dans ce remaniement, seulement un jeu de chaise musicale qui implique directement la députée de Champlain, Sonia LeBel, qui hérite de la présidence du Conseil du trésor.

Celle qui occupait jusque-là la fonction de ministre de la Justice est assurément parmi les chouchous du premier ministre Legault. Plusieurs la considèrent comme une élève modèle, voire comme une étoile montante au sein du gouvernement de la CAQ. En la nommant au Conseil du trésor, son chef lui confie deux gros mandats: d’abord réécrire et rendre plus acceptable le projet de loi 61 visant à accélérer les grands chantiers d’infrastructures, ensuite mener avec aplomb les négociations des contrats de travail au sein de la fonction publique.

Le projet de loi 61 a subi les foudres des partis d’opposition au cours des dernières semaines, tant et si bien que son adoption a été reportée à l’automne. Il faudra pour cela y apporter des modifications considérables. Et Sonia LeBel, notamment avec son expérience de procureure à la Commission Charbonneau, porte certainement le chapeau de ministre anticorruption et anticollusion qu’il fallait pour accomplir ce mandat. François Legault l’a d’ailleurs évoqué lundi en présentant les titulaires des différentes fonctions visées par le remaniement: au Trésor, ça prend une personne de confiance, avec une intégrité incontestable.

La bonne nouvelle, avec cette nomination de Sonia LeBel au Conseil du trésor, c’est qu’une femme fait son entrée dans l’équipe économique du gouvernement Legault. Également, elle accède au comité de relance économique «post-COVID-19», pour lequel on déplorait jusqu’à récemment le manque de représentation féminine. Le premier ministre a indiqué que la nouvelle ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, Nadine Girault, de même que la vice-première ministre, Geneviève Guilbeault, allaient aussi y siéger. Il demeure toujours mystérieux de ne pas voir des ministres comme Caroline Proulx (Tourisme) et Nathalie Roy (Culture et Communications) ne pas faire partie de ce comité de relance. Les deux femmes sont à la tête de ministères représentant des secteurs d’activité durement frappés par la crise actuelle.

Avec le changement de fonctions de Sonia LeBel, la région se trouve ni plus forte, ni affaiblie. La présidence du Conseil du trésor, comme le ministère de la Justice, n’est pas une responsabilité dont les actions rebondissent souvent dans l’actualité. Ce n’est pas non plus un ministère qui a une incidence variable en fonction des régions, contrairement aux Transports, aux Affaires municipales, à l’Environnement, à l’Agriculture ou au Tourisme, par exemple.

Sonia LeBel est une ministre avant d’être une députée. Sa présence dans la région demeure plus discrète que celle de son voisin de circonscription, Jean Boulet. Son changement de siège ne devrait rien changer à cela. Les dossiers du Conseil du trésor la retiendront sans doute davantage à Québec.

Parlant de Jean Boulet, il conserve ses fonctions de ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité. Ce n’est pas une surprise: il livre la marchandise. Tout au long de la crise, il a été très efficace notamment dans le déploiement de mesures d’aide à l’emploi ou de soutien aux personnes bénéficiant de la sécurité de revenu, dans l’établissement de programmes d’aide aux entreprises.

Le gros changement de ce remaniement survient à la Santé et aux Services sociaux, alors que c’est Christian Dubé qui devient ministre en remplacement de Danielle McCann, qui s’en va à l’Enseignement supérieur pour délester Jean-François Roberge. Celui-ci, non sans surprise, conserve le ministère de l’Éducation, mais son mandat se limitera à l’enseignement primaire et secondaire.

Pour Danielle McCann, il s’agit d’une rétrogradation, malgré la tentative de François Legault d’enrober le changement de portefeuille de sa ministre. La principale intéressée l’a d’ailleurs évoqué avec élégance, lundi: elle était venue en politique pour la santé, mais elle respecte la prérogative du premier ministre de rebrasser les cartes de son conseil des ministres.

Le moment est drôlement choisi pour procéder à un remaniement ministériel. Le déconfinement progressif confirme que la crise n’est pas terminée et l’arrivée d’une deuxième vague de propagation est toujours considérée comme une réelle possibilité. Mais tant qu’à procéder à un remaniement à ce moment-ci, on peut se demander pourquoi François Legault n’a pas voulu remplacer Marguerite Blais comme ministre responsable des Aînés et des Proches aidants. Peut-être a-t-on voulu éviter un claquage de porte comme Madame Blais sait si bien les faire?

Et si on avait voulu pousser plus loin l’exercice du brassage de cartes, peut-être aurait-on pu faire une place au député de Nicolet-Bécancour, Donald Martel? Depuis l’élection du gouvernement de la CAQ, ce député de la première heure semble être dans la salle d’attente du conseil des ministres. On entendait récemment que le whip en chef du gouvernement, Éric Lefebvre, ne faisait pas l’unanimité au sein du caucus caquiste. Cela aurait pu être une belle occasion de nommer Donald Martel à ce poste, lui qui avait déjà été whip du deuxième groupe d’opposition pour la CAQ, de 2014 à 2018.

Mais l’opération de brassage de cartes de lundi ne touchait aucun député autre que certains siégeant déjà au conseil des ministres. François Legault a sans doute voulu éviter de faire des jaloux ou des mécontents en pleine période de crise sanitaire et en pleine pause parlementaire estivale.