Martin Francoeur
Le Nouvelliste
Martin Francoeur

Règles resserrées, confusion semée

ÉDITORIAL / Moins de cinq jours après avoir présenté son contrat moral aux Québécois pour la période des Fêtes, voilà que le premier ministre François Legault resserre les règles. Ou il les précise. Ou il les change. Ou il les nuance. On ne sait plus.

Chose certaine, on ne pouvait pas demander mieux pour semer davantage de confusion dans l’esprit des gens qui se grattaient déjà la tête pour planifier leurs petits rassemblements autorisés.

L’intervention du premier ministre, mardi, illustre bien la difficulté pour le gouvernement de passer des messages clairs en ce qui a trait aux mesures sanitaires et aux consignes liées à la pandémie. On était tous conscients qu’il y avait des «si» dans l’annonce de la semaine dernière, avec ces quatre journées débloquées pour des rassemblements, entre le 24 et le 27 décembre. On nous avait dit que ces directives étaient sujettes à changement si la situation épidémiologique devait changer de façon significative.

Mais on ne peut pas dire que c’est la situation épidémiologique qui est responsable de la modulation apportée mardi. C’est plutôt, nous a dit le premier ministre, des précisions apportées par la Santé publique concernant les rassemblements d’au plus dix personnes. Un avis «plus clair», selon François Legault, selon lequel les Québécois devront se limiter à deux rassemblements au maximum à Noël, durant ces quatre jours où les rencontres seront permises.


« Le fameux contrat moral avait déjà des petits caractères. Ou alors on vient de lui greffer un addenda. »
Martin Francoeur

En fait, on s’est peut-être rendu compte, au gouvernement, que le déblocage de quatre jours pour permettre des rassemblements allait inévitablement être interprété comme étant une sorte de bar ouvert pour des partys et des soupers à répétition.

Or, on doit plutôt aujourd’hui recentrer le message: on recommande deux rassemblements maximum sur les quatre jours disponibles. Il ne s’agit pas, précise-t-on, d’une période pour fêter mais bien pour favoriser des retrouvailles en famille. Et on prend bien soin de rappeler qu’une période de confinement volontaire d’une semaine est souhaitable avant de se rassembler à dix personnes ou moins.

Tout cela n’est pas très compliqué, mais c’est l’accumulation de modifications et la superposition de règles sanitaires qui commencent à semer la confusion dans l’esprit de plusieurs. De plus, cette séance de «précision» du gouvernement Legault survient au lendemain de l’annonce des recommandations fédérales en ce qui a trait aux rassemblements de la période des Fêtes. Justin Trudeau, suivant les recommandations de Theresa Tam et Howard Njoo de l’Agence de Santé publique fédérale, adopte une approche résolument prudente, ce qui peut certainement ajouter à la confusion.

Avec le recul, on se dit qu’il aurait peut-être mieux valu, pour le gouvernement Legault, d’attendre un peu avant de dévoiler son plan pour les Fêtes. Et on se dit aussi qu’un meilleur arrimage avec le fédéral n’aurait certainement pas nui.

Et de toute façon, Noël est encore dans un mois. Tout peut très bien changer, même plus d’une fois, d’ici là. François Legault insistait sur le fait qu’il souhaitait voir le nombre de cas passer sous la barre des 1000 quotidiennement pour être parfaitement à l’aise avec l’autorisation de rassemblements.

Il faudra alors un autre message. Et sans doute encore plus de confusion.

Au fond, l’important est peut-être davantage d’aborder cette période avec la plus grande des prudences. Pour cela, il faut que chacun y mette du sien. C’est le principe d’un contrat moral. Mais qui dit contrat moral dit aussi absence de contrôle ou de mesures coercitives. Et alors plusieurs ont tendance à croire qu’ils peuvent sans crainte forcer la note en s’écartant, ne serait-ce que légèrement, des règles et des recommandations en vigueur. Et il suffit, malheureusement, de quelques délinquants pour renverser une tendance.