Ce n’est pas un hasard si Philippe Couillard est revenu cette semaine dans la région pour une quatrième fois depuis le début de la campagne.

Région à défendre ou à conquérir

Ce n’est pas un hasard si Philippe Couillard est revenu cette semaine dans la région pour une quatrième fois depuis le début de la campagne. Si certains de ses collègues sont en mode conquête de nouvelles circonscriptions, lui est clairement en mode de défense des territoires qui sont actuellement peints en rouge.

C’est le cas de la Mauricie. Les cinq circonscriptions de 2014 étaient toutes libérales. Il en reste quatre, conséquence de la baisse du poids démographique de la région et du nécessaire redécoupage de la carte électorale.

Mais quelque libérale que puisse être la Mauricie présentement, elle n’échappe pas à la poussée de la CAQ dans les sondages et dans les projections qui donnent encore, avec des marges parfois plus serrées, le parti de François Legault gagnant dans les quatre circonscriptions. Au sud du fleuve, les circonscriptions du Centre-du-Québec sont déjà toutes acquises à la CAQ, ce qui rend possible, voire probable, une percée outre-fluviale.

Il n’est donc pas étonnant que François Legault et Philippe Couillard soient passés en Mauricie trois ou quatre fois plutôt qu’une au cours des cinq dernières semaines. Le premier espère faire des gains. Le second essaie de sauver les meubles.

Mardi, c’est un Philippe Couillard plus décontracté qui s’est présenté au Nouvelliste pour une entrevue éditoriale. Il a passé en revue les enjeux régionaux et les engagements nationaux et n’a pas eu peur de reconnaître que des mesures prises au cours du dernier mandat ont plus ou moins bien fonctionné. Le dépouillement des directions régionales de certains ministères est un exemple. «On a viré de bord», admet-il en faisant allusion aux nouvelles mesures de décentralisation qu’il propose maintenant.

On sent Philippe Couillard sincère quand il parle de son attachement aux régions. Mais pourra-t-il sauver une ou deux ou trois circonscriptions en Mauricie? C’est loin d’être certain. Il reconnaît que la campagne n’est pas facile compte tenu de l’afflux d’information qui parvient aux électeurs, mais aussi de la difficulté supplémentaire pour les représentants d’un gouvernement sortant: celle de défendre un bilan.

Dans le cas des libéraux, bien des électeurs ont encore sur le cœur les mesures d’austérité qui ont laissé des cicatrices profondes dans des budgets, dans des services, dans des effectifs, dans des projets. Difficile de passer les messages sur les «nouveaux» engagements quand l’interlocuteur a toujours à l’esprit les conséquences des mesures de «rigueur budgétaire». Qu’à cela ne tienne: le chef libéral martèle ses lignes, ses engagements. Il les adapte au contexte de la région dans laquelle il se trouve et utilise des exemples locaux avec une étonnante facilité.

Mais si la population est animée par une volonté de changement, il n’y a plus un argumentaire, plus un exemple, plus un programme qui tienne.

Les chiffres des sondages en Mauricie sont suffisamment serrés pour que les candidats sur le terrain puissent espérer avoir un impact raisonnable sur le résultat de leur vote. Il n’est pas étonnant de voir les députés libéraux sortants miser d’abord sur les réalisations dans leur circonscription et sur le traitement des dossiers locaux pour espérer renverser la tendance que les sondages laissent observer.

Bien malin celui ou celle qui pourrait prédire avec exactitude à quoi ressemblera le portrait politique de la Mauricie lundi soir prochain. Mais à voir l’acharnement de François Legault et de Philippe Couillard à venir séduire les électeurs, il ne fait pas de doute que la Mauricie est bel et bien un champ de bataille.

Ce qui est intéressant, c’est que peu importe qui sera le vainqueur, il sera redevable à la Mauricie. François Legault y a déjà des prétendants de calibre pour un éventuel conseil des ministres caquiste. Et Philippe Couillard en devra une à la région si elle lui permet de conserver quelques sièges en dehors de Montréal et de l’Outaouais.