Réfléchir pour mieux faire

ÉDITORIAL / Les conseillers municipaux trifluviens Claude Ferron et Mariannick Mercure réclament une réflexion sur la réfection de la piscine du terrain de l’Exposition. Ou une réflexion plus large sur l’offre de loisirs aquatiques à Trois-Rivières. Voilà une intervention appropriée, surtout dans un contexte où la Ville doit injecter des sommes importantes et où, pour une rare fois, des voix s’élèvent pour réclamer un complexe aquatique public digne de ce nom.

Déjà, on sait que la réfection de la piscine du terrain de l’Exposition pourrait coûter jusqu’à 16 millions $. Une telle intervention est nécessaire et entraînera la fermeture de la piscine pendant plusieurs mois. Le scénario de réfection et le calendrier des travaux ne sont pas encore connus. Mais on sait que ça devra se faire, ne serait-ce que pour respecter cet élément majeur du patrimoine trifluvien.

On sait aussi que l’avenir de la piscine du CAPS de l’Université du Québec à Trois-Rivières et plus incertain que jamais. Et on sait que les autres piscines ne répondent pas à la demande croissante pour des activités de natation, bains libres et tous les aqua-machin-truc de ce monde: aquaforme, aquabébé, aquamaman, aquayoga et autres rendez-vous de groupe du genre.

Au cours des derniers mois, des citoyens ont demandé une piscine municipale intérieure, accessible à l’année et permettant de répondre aux besoins de la population sans gêner les activités et les cours déjà offerts là où on trouve des piscines intérieures. Une pétition initiée il y a presque un an a déjà recueilli plus de 4000 signatures.

Les conseillers Ferron et Mercure ont raison de vouloir évaluer tous les scénarios qui pourraient être envisagés plutôt que d’approuver bêtement une réfection de la piscine de l’Expo. Pourrait-on, par exemple, inclure cette réfection dans un contrat plus large qui aurait aussi pour but d’offrir une nouvelle infrastructure? Peut-on valider l’éventail de subventions qui pourraient être disponibles si on choisissait d’aller de l’avant avec une nouvelle construction? Toute question mérite d’être étudiée avec sérieux. Et il faut prendre le temps de le faire.

Il y a de nombreux exemples récents, au Québec, de villes et de municipalités qui se sont tournées vers une bonification de leur offre en matière de loisirs aquatiques. C’est certainement plus raisonnable, sur le plan de la promotion de l’activité physique et des saines habitudes de vie, que de construire des colisées ou des amphithéâtres.

Saint-Hyacinthe, pour reprendre l’exemple amené par la conseillère du district des Forges, a construit un nouveau complexe aquatique parce que sa piscine municipale intérieure – oui il y a des villes qui en avaient déjà! – était désuète. Une vingtaine de millions de dollars au total, avec des subventions totalisant 12 millions $ selon les autorités locales. Ça devient intéressant pour une administration municipale, même s’il ne faut pas oublier les frais d’exploitation qu’entraîne la gestion d’un tel équipement.

Mais ce n’est certainement pas pire qu’un colisée ou un amphi- théâtre.

Et il ne faudrait pas faire l’erreur de considérer comme une solution miracle cette possibilité, évoquée récemment par les promoteurs immobiliers de Trois-Rivières sur Saint-Laurent, d’aménager une piscine intérieure privée, accessible à la population. Une piscine publique fait partie de l’offre de loisirs que doit déployer une municipalité, au même titre qu’un terrain de soccer, des arénas, des bibliothèques ou des salles de spectacles. Un promoteur privé n’aurait pas de contraintes d’accessibilité et d’universalité, si bien que les tarifs imposés pourraient être plus élevés que ceux normalement exigés par des municipalités qui gèrent leurs piscines publiques.

La Ville de Trois-Rivières a voulu se tourner vers une philosophie davantage axée sur la consultation citoyenne. Cette réflexion proposée sur les infrastructures de loisirs aquatiques pourrait être une belle occasion d’honorer ce principe.