Martin Francoeur
La rue des Forges devenue piétonne grouillait déjà de promeneurs aussi enthousiastes qu’hésitants devant les directions à respecter et la distance de deux mètres à maintenir tant bien que mal. Mais globalement, ça faisait du bien de voir renaître les restaurants et leurs terrasses, et de voir les piétons se réapproprier
La rue des Forges devenue piétonne grouillait déjà de promeneurs aussi enthousiastes qu’hésitants devant les directions à respecter et la distance de deux mètres à maintenir tant bien que mal. Mais globalement, ça faisait du bien de voir renaître les restaurants et leurs terrasses, et de voir les piétons se réapproprier

Redéfinir le centre-ville

ÉDITORIAL / Les aménagements déployés au centre-ville de Trois-Rivières ces dernières semaines dans le contexte de la crise sanitaire et de la réouverture progressive des commerces, des musées et des restaurants devraient fournir l’occasion parfaite de repenser la circulation et l’animation dans le cœur commercial et institutionnel de la ville. Déjà, certaines mesures semblent tout à fait prometteuses.

La réouverture des restaurants, en début de semaine, a provoqué une effervescence que l’on n’avait pas vue depuis longtemps dans les rues du centre-ville. La rue des Forges devenue piétonne grouillait déjà de promeneurs aussi enthousiastes qu’hésitants devant les directions à respecter et la distance de deux mètres à maintenir tant bien que mal. Mais globalement, ça faisait du bien de voir renaître les restaurants et leurs terrasses, et de voir les piétons se réapproprier le centre-ville.

Les aménagements mis en place sous le prétexte de la COVID-19 visaient d’abord à faciliter la circulation sécuritaire des piétons et de permettre aux commerces d’utiliser davantage d’espace en cette période de distanciation.

Mais chaque fois que la rue des Forges devient piétonnière, on se rend compte que le charme opère.

Il ne faudrait pas grand-chose pour que la rue principale devienne un attrait touristique en soi. La maintenir à l’usage exclusif des piétons, au moins pour la période estivale, est déjà une bonne idée. Il faudrait par contre se débarrasser des horribles barrières de contrôle de foule actuellement utilisées pour délimiter la chaussée où circulent maintenant les piétons et les trottoirs, envahis pour la plupart par les terrasses. Même recouvertes de banderoles, ces clôtures ne créent pas un décor très invitant.

Si on envisage une utilisation piétonne à long terme, des bacs de végétaux donneraient certainement un résultat plus attrayant. Et si ce n’était pas de notre hiver rigoureux, un recouvrement en pavés et des bollards plus élégants donnent de quoi rêver.

Il reste bien sûr des tas de détails à peaufiner. Des irritants à aplanir. Des clientèles à satisfaire. La question de l’accessibilité aux personnes à mobilité réduite, par exemple, est loin d’être réglée. On dit que la brigade urbaine pourra déplacer, au gré des demandes formulées par des personnes à mobilité réduite, des rampes d’accès amovibles. C’est tout un casse-tête logistique, surtout si les brigadiers non encore en fonction commencent leur journée de travail en après-midi.

Il faut aussi repenser la circulation sur les autres artères du centre-ville. Déjà, la désignation de rues partagées avec réduction de la limite de vitesse est une bonne initiative. Les rues de l’arrondissement historique méritent aussi une attention particulière. Déjà, des mesures d’atténuation de la vitesse et des désignations de rues partagées ont des effets positifs mais la piétonnisation du Vieux-Trois-Rivières aurait pu être plus directe.

Le maire Jean Lamarche parlait récemment d’une «occasion à saisir» pour moduler le plan d’aménagement du centre-ville en fonction de ce contexte particulier dans lequel nous avons été plongés. Mais si ces modulations entraînent des perceptions réjouissantes, il serait certainement avisé de déterminer ce qu’on pourrait conserver pour l’avenir et, surtout, de déterminer de quelle façon on ira de l’avant pour améliorer les infrastructures du centre-ville. La rue des Forges a beau être charmante, il reste quand même des artères en périphérie de celle-ci qui ont toujours l’air négligées, peu importe les installations temporaires qu’on leur ajoute.

«On parle d’un été où on va vous amener ailleurs», ajoutait Jean Lamarche lors du dévoilement des aménagements qui allaient être réalisés au centre-ville. Cet été qui commence nous permettra peut-être de prendre conscience que le centre-ville n’est agréable que lorsqu’on s’y promène à pied, qu’on s’y arrête, qu’on y mange, qu’on y prend un café ou un verre.

Pas quand on y tourne en voiture ou qu’on y fait gronder les motos.