La Société des alcools du Québec utilise 200 millions de bouteilles de vins et de spiritueux chaque année.

Recyclage : une lueur d’espoir

ÉDITORIAL / Depuis lundi, une commission parlementaire se penche sur le recyclage du verre dans l’espoir de trouver une manière de stopper son envoi aux dépotoirs. Cette discussion pourrait être importante... si elle n’avait pas été initiée par la solidaire Ruba Ghazal. D’ordinaire, une telle commission aurait pu plancher sur de nouvelles solutions de recyclage, mais ce n’est pas le cas : le ministre de l’Environnement, Benoît Charette, en est absent et toute solution doit nécessairement passer par le gouvernement de la Coalition avenir Québec.

En ce sens, cette commission parlementaire jase beaucoup, mais aboutira à bien peu.

Pourtant, nombre des grands acteurs y sont, dont la Société des alcools du Québec, l’un des plus grands utilisateurs de bouteilles. 

Elle utilise 200 millions de bouteilles de vins et de spiritueux chaque année.

Consigne ou recyclage, voilà la question débattue à cette commission parlementaire, comme à toutes les autres tribunes passées. 

Car le Québec est un mauvais joueur en refusant de mettre en place un système de consigne des bouteilles, ce qu’il hésite à faire sans l’aval de la SAQ. 

Entretemps, c’est presque la totalité du verre qui se retrouve au dépotoir, car les bouteilles de plusieurs couleurs, brisées dans les bacs et les centres de recyclage, deviennent inutilisables. 

Ainsi, les Québécois sont de bons recycleurs, mettant environ 90 % de leur verre dans leurs bacs. 

Mais c’est moins de 25 % qui est recyclé, le reste se retrouvant au dépotoir, « contaminé » par les substances diverses des bacs et le verre de différentes couleurs qui s’y achemine.

Il faut trouver une solution. 

Pendant une quinzaine d’années, les gouvernements du Parti libéral du Québec se sont tourné les pouces en jonglant avec les pistes de solution, mais n’en mettant pas une nettement de l’avant. 

Le dialogue de sourds se poursuit avec celui de la CAQ, mais pour combien de temps ? 

L’avenir nous le dira, mais nous avons deux petites raisons de nous dire qu’un aboutissement heureux est à nos portes.

D’abord, la SAQ a cessé ses manœuvres de blocage systématique. 

Lundi, sa présidente et directrice générale Catherine Dagenais s’est dit en faveur de la consigne sur les bouteilles... mais s’est opposée à ce que ses succursales servent à entreposer les bouteilles vides. 

Il paraît qu’il n’y a pas d’espace pour ça. 

Les épiciers du Québec ont conclu la même chose : pas d’espace non plus, ni de main d’œuvre pour faire le tri.

Puis, le Groupe Bellemare, à Trois-Rivières, a annoncé qu’elle envisage l’installation de nouvelles technologies de tri optique qui pourraient recueillir tout le verre de plus de 5 mm. 

L’entreprise estime pouvoir produire, pour un investissement de 4 millions $, du verre pur à 97 %, qui servirait à produire du nouveau verre. 

La technologie est à point, mais n’est pas employée au Québec.

Les discussions se poursuivront jusqu’à demain en commission parlementaire. D’autres grands joueurs se prononceront en faveur des grands principes du recyclage ou de la consigne, comme si l’on ne pouvait choisir entre les deux, ou même les deux options.

La consigne semble la solution la plus facile, malgré l’opposition de la SAQ et des épiciers. Le Québec a l’autorité de légiférer et ainsi leur forcer la main. 

Mais il ne l’a pas fait depuis plus de 15 ans, et le gouvernement de la CAQ s’est montré timide sur les questions d’environnement, pendant la campagne électorale. 

L’ouverture du Groupe Bellemare, et celle de la SAQ, offrira-t-il au premier ministre François Legault l’ouverture et le désir d’agir ? C’est à voir.