Le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, en compagnie du ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, Simon Jolin-Barrette.

Recoller les pots cassés

ÉDITORIAL / Après le démantèlement, par le précédent gouvernement, de plusieurs directions régionales de ministères et le dépouillement de certains services gouvernementaux en région, voilà que le déploiement de professionnels en matière d’immigration vient donner un tout nouveau signal. Un signal clair selon lequel les régions sont importantes dans les défis reliés à la main-d’œuvre et à la démographie.

L’annonce faite mercredi par les ministres Simon Jolin-Barrette et Jean Boulet vient recoller des pots que les précédents gouvernements avaient cassés. Il suffisait de brosser un portrait des services offerts dans les directions régionales des différents ministères – pour ce qu’il en restait – pour constater qu’on assistait à une centralisation des services vers la capitale ou vers la métropole.

En matière d’immigration, la situation était devenue absurde. On demandait aux régions d’accueillir de plus en plus d’immigrants mais on réduisait la quantité et la qualité des ressources gouvernementales disponibles sur place.

Cette fois, le gouvernement injecte 8,3 millions $ pour le déploiement de ressources consacrées à l’accompagnement des immigrants dans les régions. Le nombre de bureaux régionaux du ministère de l’Immigration passera de 21 à 61, ce qui permettra d’assurer une présence dans une cinquantaine de villes.

Le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion ajoutera 111 employés dans les régions du Québec. C’est principalement le nombre de conseillers en immigration qui est appelé à augmenter. Leur travail s’arrimera avec celui des fonctionnaires du ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale pour faire en sorte que les ressources et les services soient coordonnés. Cette essentielle communication interministérielle devrait permettre d’augmenter l’efficacité des services offerts, notamment aux employeurs, et d’améliorer l’accès aux services aux immigrants.

Il n’est pas étonnant que la nouvelle soit accueillie favorablement par les organismes qui œuvrent auprès des nouveaux arrivants. Depuis le désengagement gouvernemental dans les régions, ce sont ces groupes qui, bien souvent, prenaient le relais pour répondre aux besoins des personnes immigrantes. Avec souvent des moyens très limités.

Le plan annoncé mercredi à Trois-Rivières – un clin d’œil intéressant s’il en est un – prévoit aussi l’embauche d’une vingtaine de nouveaux conseillers en immigration régionale. Leur déploiement dans les régions permettra d’offrir des services personnalisés et de proximité aux entreprises, ce qui s’arrime parfaitement avec les objectifs et les moyens annoncés récemment dans le cadre de la «Grande corvée» du ministre Boulet concernant l’accès au marché du travail pour certains groupes spécifiques.

Les difficultés de recrutement liées à la pénurie de main-d’œuvre pourront certainement être atténuées par ce déploiement de ressources. Pour les régions, qui n’ont pas la même capacité d’attraction que les grands centres, c’est une excellente nouvelle. Les entrepreneurs d’ici font souvent des pieds et des mains pour recruter de la main-d’œuvre, parfois en se tournant vers l’étranger. Lorsqu’ils parviennent à attirer au sein de leur entreprise des travailleurs issus de l’immigration, le défi devient alors celui de la rétention.

La Mauricie, par exemple, n’attire même pas 1 % du nombre total d’immigrants internationaux qui débarquent au Québec. Malgré le fait que sa population corresponde à environ 3,2 % de celle du Québec, le nombre d’immigrants internationaux, lui, ne correspond qu’à 0,8 % du total québécois. Avec des professionnels en poste dans les principales villes de la région, on peut espérer que ces chiffres iront en s’améliorant.

Il est encore tôt pour mesurer l’efficacité des mesures mises de l’avant par le gouvernement de la CAQ en matière d’immigration et de développement de la main-d’œuvre. Mais les récents gestes posés nous démontrent clairement une approche nouvelle et un virage à 180 degrés par rapport à ce qui a été fait au cours des dernières années.