Recoller les pots cassés

L’entente de principe intervenue la semaine dernière entre le syndicat des professeurs et la direction de l’Université du Québec à Trois-Rivières est à peu près la meilleure nouvelle qu’on pouvait espérer en pleines vacances de la construction. Si tout va bien, les professeurs entérineront cette entente et la nouvelle convention collective pourrait être signée quelque part vers la rentrée scolaire.

Mais cette nouvelle doit aussi marquer le début d’une tâche qui ne sera pas banale pour la direction de l’université – le recteur y compris – et l’ensemble du corps professoral: recoller les pots cassés.

Un conflit de travail laisse toujours des traces, surtout sur l’humeur des employés concernés, sur l’enthousiasme avec lequel ils accomplissent leur boulot. Dans ce cas-ci, le fait qu’un lock-out ait été décrété le 2 mai dernier a mis le feu aux poudres. Même s’il a rapidement été levé – le 16 mai – après l’intervention du premier ministre Philippe Couillard et de la ministre de l’Enseignement supérieur, Hélène David, ce lock-out a soulevé la colère d’un bon nombre de professeurs. Beaucoup parmi eux ont exprimé cette indignation, notamment dans nos pages d’Opinions.

Un tel mouvement n’a pas été observé souvent. On a senti davantage la volonté réelle de dénoncer plutôt que la simple stratégie visant à gagner la bataille de l’opinion publique.

Dans l’expression de leurs convictions, plusieurs professeurs ou retraités de l’UQTR s’en sont pris directement au recteur, Daniel McMahon. C’est lui qui devra coordonner la reconstruction de ponts entre l’institution et ses professeurs. Ou les construire lui-même. Les professeurs, quant à eux, devront aller au-delà des rancœurs, des contentieux personnels ou des jalousies mal placées.

Les professeurs devront aussi passer outre les difficultés auxquelles ils ont fait face pendant ce conflit: interruption de la supervision de travaux de recherche, annulation de colloques, conférences ou activités de recherches, absence de protocole de retour au travail après le lock-out, pour ne nommer que celles-là.

C’est beaucoup de travail, mais si les professeurs démontrent – comme ils l’ont dit à de nombreuses reprises – à quel point ils ont à cœur l’intérêt de l’institution, tout est possible. Surtout avec la solidarité remarquable qui semble s’être développée dans ce contexte particulier.

Entre temps, il est rassurant de voir les deux parties se réjouir de l’entente de principe qui est sur la table et des gains qui ont pu être faits de part et d’autre. Même si on ne connaît pas les détails de cette entente, il semblerait que les questions monétaires, pierre d’achoppement des négociations jusqu’à maintenant, soient réglées.

Un porte-parole de la partie syndicale a mentionné, il y a quelques jours, que les professeurs avaient réussi à obtenir des «gains majeurs», notamment en ce qui a trait au soutien à la recherche, au plancher d’emploi pour le nombre de professeurs et aux conditions salariales. Du côté patronal, le recteur McMahon a émis un communiqué encourageant, dans lequel il explique que l’entente intervenue entre les parties permettra «de poursuivre le retour à l’équilibre budgétaire dans un horizon raisonnable et de mettre en œuvre des projets qui s’inscrivent dans le plan de développement de l’université».

La rentrée 2018-2019 s’annonce chargée à l’UQTR. Peut-être davantage pour les profs que pour les étudiants...