Martin Francoeur
Le Nouvelliste
Martin Francoeur

Rapprocher le citoyen de l’appareil municipal

ÉDITORIAL / À l’heure où les déversements d’eaux usées dans la rivière Saint-Maurice se succèdent en raison, notamment, des bris sur des conduites vieillissantes, la période de vote pour choisir les projets qui verront le jour dans le cadre du budget participatif citoyen de Trois-Rivières apparaît comme un vent de fraîcheur. 

C’est surtout une démarche qui doit paver la voie à un réflexe plus général de consulter la population et de rapprocher les citoyens de l’appareil municipal.

Malgré la pandémie qui a notamment forcé l’annulation d’une séance d’information au mois de mars, Trois-Rivières est tout de même allée de l’avant avec son premier budget participatif citoyen. Six projets ont été désignés comme finalistes et il est maintenant l’heure, jusqu’au 25 septembre, de voter pour celui que la population aimerait voir se concrétiser.

Le concept de budget participatif citoyen n’est pas nouveau. Dans la région, c’est Nicolet qui a fait figure de pionnière, il y a quatre ans, en lançant une telle initiative. Depuis, Shawinigan a emboîté le pas l’année dernière. Et c’est maintenant au tour de Trois-Rivières.

Au Québec, de plus en plus de villes, d’arrondissements et de municipalités s’intéressent à ce processus, qui a vu le jour il y a une trentaine d’années à Porto Alegre, au Brésil. Les premiers exemples de budgets participatifs, même s’ils touchent pour l’instant des projets modestes, reliés à l’environnement, à la culture ou aux loisirs, sont prometteurs. Il ne faut pas s’attarder uniquement à la nature des projets ainsi réalisés, mais au processus lui-même. C’est là que se trouvent les gains les plus importants.

La beauté de la chose, c’est que ça n’implique pas de dépenses exorbitantes pour une ville. À Trois-Rivières, on a choisi de consacrer un montant de 200 000 $ pour réaliser les projets citoyens qui seront retenus dans le cadre de cette première édition. Parfois, les villes de plus petite taille choisissent de consacrer 1 % de leur budget, comme l’avait fait la Ville de Nicolet. Mais à Trois-Rivières, si on avait consacré 1 % du budget, cela aurait été un peu moins de 3 millions $. Pour l’instant, on se contente de 200 000 $.

C’est tout de même un bon début et surtout, c’est mieux que pas de budget participatif du tout.

Parce qu’au-delà des projets qui seront réalisés, l’exercice permet de rapprocher le citoyen des processus décisionnels des municipalités. Il n’est pas rare de voir des taux de participation ridiculement bas aux élections municipales. Dans des villes comme Trois-Rivières et Shawinigan, celui-ci était inférieur à 50 % en novembre 2017. À Trois-Rivières, la plus récente élection complémentaire à la mairie n’a attiré que 38 % des électeurs inscrits.

Permettre aux citoyens de s’exprimer plus fréquemment et d’une façon autre que celle de voter aux quatre ans pour un conseiller et un maire est certainement une piste intéressante pour contrer le désintérêt ou l’indifférence des citoyens face aux institutions et aux élus municipaux. Les budgets participatifs ont aussi l’avantage d’être soumis au débat populaire, sur la place publique, à l’abri des divers lobbys qui sollicitent constamment les élus et gestionnaires municipaux. Cela peut certainement contribuer à réduire le cynisme de la population envers les institutions politiques.

Les budgets citoyens ont aussi une valeur pédagogique parce qu’ils permettent de se familiariser avec l’appareil municipal. Une ville ou une municipalité, ça fonctionne avec des contraintes, des règles, des normes. Les contribuables peuvent ainsi avoir une meilleure idée de ce fonctionnement, ce qui peut bonifier leurs réflexions ou leurs opinions sur le travail de leurs élus.

Enfin, les budgets participatifs doivent paver la voie à des consultations plus fréquentes et plus naturelles pour d’autres types de décisions municipales. À Trois-Rivières, un exercice de consultation aurait peut-être permis d’éviter le fiasco de la piste cyclable sur un tronçon du boulevard des Forges. Et on aurait aussi pu embarquer les citoyens de Normanville et de Saint-Jean-Baptiste-de-la-Salle dans le processus visant à aménager un parc linéaire dans l’emprise des lignes de transport d’Hydro-Québec. Il faut que les réflexes se développent.

Mais au moins on fait des petits pas dans la bonne direction, ce qui est plutôt encourageant.