Une vigile pour Raïf Badawi tenue à Trois-Rivières en 2015.

Raïf et les astres qui s’alignent

Difficile de dire si c’est une conséquence directe de la récente désignation du prince héritier d’Arabie saoudite et des promesses de modernisation et d’ouverture qu’il a formulées, mais pour une première fois depuis cinq ans et demi, il y a une lueur d’espoir pour Raïf Badawi.

L’épouse du blogueur emprisonné depuis 2012 a appris que le nom de son mari se retrouve maintenant sur une liste de pardon royal en Arabie saoudite. C’est majeur comme développement. Et il y a maintenant lieu d’espérer que cela puisse se concrétiser le plus rapidement possible.

Le blogueur de 33 ans a déjà purgé plus de la moitié de sa peine d’emprisonnement de dix ans. S’il est déplorable que les efforts diplomatiques n’aient pas porté fruit plus tôt, il faut maintenant que le gouvernement canadien saisisse l’occasion, si la nouvelle selon laquelle le nom de Raïf Badawi figure bel et bien sur une liste de pardons à venir, pour presser le gouvernement saoudien de passer aux actes et pour rapatrier le blogueur au Canada.

Raïf Badawi, doit-on le rappeler, a été condamné en 2012 en vertu de la Charia, à une peine de dix ans de prison, à une amende d’environ 300 000 $ et à 1000 coups de fouet pour avoir prôné sur son blogue une plus grande ouverture du régime saoudien.

L’épouse de Raïf Badawi, Ensaf Haidar, et leurs trois enfants ont été forcés de quitter l’Arabie saoudite pour s’installer au Liban, puis en Égypte, avant d’obtenir l’asile politique au Québec en octobre 2013. Ils vivent actuellement à Sherbrooke et leur situation en a ému plus d’un au fil des ans. 

Ensaf Haidar n’a jamais hésité à utiliser toutes les tribunes qui lui étaient offertes pour demander la libération de son mari. Elle estime aujourd’hui que le timing n’a jamais été aussi bon, compte tenu des réformes annoncées par le prince héritier Mohammed ben Salmane, qui veut moderniser le pays, son régime politique et ses mœurs, promettant une Arabie saoudite modérée et tolérante.

L’épouse du blogueur dit avoir été informée il y a deux semaines, par une délégation du Parlement européen qui s’était rendue en Arabie saoudite, que son mari était en bonne santé et qu’il pourrait se voir accorder un pardon royal. Impossible, à ce moment-ci, de savoir dans quels délais un tel geste pourrait être posé.

Le plus ironique, dans l’histoire de Raïf Badawi, c’est qu’à peu près tout ce qu’il dénonçait sur son blogue concernant la rigidité du régime saoudien a été corrigé ou modifié de façon satisfaisante.

Et s’il y a lueur d’espoir, c’est aussi en raison de la libération, en juin dernier, d’un écrivain saoudien qui s’était retrouvé derrière les barreaux pour des motifs semblables à ceux reprochés à Raïf Badawi. 

Zuhair Kutbi a été libéré avec certaines conditions le 23 juin, après avoir passé deux ans en prison. Il avait été arrêté en 2015 peu de temps après son passage à une émission de télévision où il avait dénoncé la répression politique en Arabie saoudite et appelé à différentes réformes. Il avait été accusé d’avoir violé plusieurs lois en manipulant l’opinion publique, en semant la discorde et en sapant le respect des citoyens pour l’état de droit. 

Au cours des dernières années, malgré la compassion qu’il suscitait chez plusieurs politiciens, le dossier de Raïf Badawi était devenu une véritable patate chaude. Le silence de plusieurs élus tranchait avec la solidarité manifestée inlassablement par la population, un peu partout sur la planète.

Même si Raïf Badawi n’a pas la citoyenneté canadienne, son épouse et ses trois enfants sont des résidents permanents du Canada. Et le pays a accordé, au fil des ans, la citoyenneté canadienne à des défenseurs des droits de l’homme. Raïf Badawi et sa famille devraient avoir droit à un tel honneur.

Après tout, il n’est pas exagéré de dire que le Canada entier a déjà adopté Raïf.