Martin Francoeur
Le Nouvelliste
Martin Francoeur

Racisme systémique: le temps de passer à l’action

ÉDITORIAL / Il y a un an exactement, le 30 septembre 2019, le président de la Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec, l’honorable Jacques Viens, déposait son rapport au terme d’un long processus de consultation. 

Il y était abondamment question de la discrimination systémique dont sont inévitablement victimes les membres des Premières Nations dans leurs relations avec les services publics. Un an plus tard, Joyce Echaquan, une Atikamekw de Manawan, en devient l’exemple le plus tristement célèbre. Sa mort doit sonner la fin du laxisme et du laisser-aller et marquer le début d’une sérieuse prise de conscience collective.

Fallait-il réellement qu’un tel drame survienne pour qu’on se décide à mettre en œuvre les recommandations contenues dans le rapport Viens? Pour qu’on reconnaisse que le racisme systémique existe bel et bien au Québec? Pour qu’on entreprenne un changement de culture et d’approche dans les relations avec les membres des Premières Nations?

Les voix politiques se sont élevées depuis mardi pour condamner les circonstances entourant le décès de Joyce Echaquan. Avec raison. On a rapidement congédié une des deux infirmières ayant proféré des insultes racistes à l’endroit de la patiente attachée à son lit, à l’hôpital de Joliette. On a aussi promptement déclenché des enquêtes: une du coroner et une du CISSS de Lanaudière. Tout cela devait être fait et il est certainement rassurant de savoir que les mécanismes ont été enclenchés diligemment.

Mais le second niveau d’action, celui qui touche les relations et les interactions sociales, les mentalités, la représentation culturelle et le respect mutuel, doit se mettre en branle avec la même promptitude. Ce n’est pas simple, mais c’est nécessaire et urgent.

Ce qui s’est passé à l’hôpital de Joliette est parfaitement inacceptable. Les moments qui ont précédé la mort de Joyce Echaquan constituent bel et bien une illustration des préjugés tenaces envers les Autochtones et de la perception selon laquelle ces derniers ne se sentent pas en sécurité lorsque vient le temps de mettre leur santé entre les mains des services publics. C’était d’ailleurs un des constats de la commission Viens.

Curieusement, la Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec avait une dénomination qui se complétait par trois mots significatifs: écoute, réconciliation et progrès. Si les audiences mêmes de la commission constituaient un exercice d’écoute essentiel, force est de constater qu’il reste encore beaucoup de chemin à faire pour aborder de façon significative le progrès et la réconciliation. C’est une question de sensibilisation, d’éducation, de changement de mentalités. Ce n’est pas normal, en 2020, de constater qu’il y a des craintes, chez les Autochtones, de se faire soigner dans les milieux urbains. Ou d’être confrontés au racisme dans d’autres sphères d’activité comme l’administration de la justice ou les services de protection de la jeunesse.

Il y a aussi toute une prise de conscience à faire au sein de la population non autochtone. Il était parfois tentant de demeurer indifférent aux préoccupations des membres des Premières Nations et aux injustices dont ils sont trop souvent victimes. Mais ces infirmières que l’on entend sur la vidéo filmée et diffusée par Joyce Echaquan avant sa mort pourraient aussi bien être votre voisin, votre sœur, votre collègue de travail. Du racisme envers les Premières Nations, il y en a tout autour de nous, pas seulement dans une salle d’isolement à l’urgence de Joliette.

La mort de Joyce Echaquan doit déclencher cette prise de conscience et les actions qui doivent en découler. Il n’est pas exagéré de comparer le cri du cœur de cette Atikamekw, sur vidéo, à celui de George Floyd cet Afro-Américain mort en mai dernier après avoir été étouffé au sol sous le genou d’un policier blanc. Les deux ne doivent pas être morts en vain. Même si c’est terriblement cliché de parler ainsi.