Philippe Couillard

Quitter avec classe

Il appartiendra à l’histoire de juger si Philippe Couillard aura été un homme d’État marquant pour le Québec, un simple gestionnaire plus ou moins efficace ou un premier ministre insensible et impitoyable. Sa sortie, jeudi, était toutefois empreinte d’une élégance à laquelle il nous avait habitués, mais aussi d’une sensibilité qu’on lui connaissait moins.

Il y avait certainement une grande sincérité dans le discours que Philippe Couillard a livré jeudi. Il y avait aussi des messages destinés autant à la population québécoise qu’au nouveau gouvernement élu et à son propre parti.

Son message, qui résonnait parfois comme un testament politique, appelle à la tolérance et à l’ouverture. Il rappelle que la majorité n’a pas tous les droits et qu’il est aussi nécessaire de protéger les minorités.

Ces quelques réflexions livrées avec conviction sont autant de messages à peine voilés que le chef libéral adressait à François Legault, premier ministre élu mais non encore assermenté. Celui-ci avait fait de l’immigration un de ses chevaux de bataille au cours de la campagne électorale. Et son positionnement sur plusieurs questions reliées à l’identité, à la laïcité, au vivre ensemble ont soulevé beaucoup d’interrogations, voire de vifs débats. François Legault a indiqué qu’il voulait abaisser les seuils d’immigration, faire passer des tests de français et des tests de valeurs, notamment. Il a aussi dit que le volume d’immigrants qui entrent au Québec sans parler français représentait une menace potentielle à l’identité québécoise.

Irrité, inquiet ou les deux, Philippe Couillard a jugé bon d’insister, jusque dans son discours de sortie, sur la cohésion sociale et l’inclusivité. Peut-être voit-il déjà poindre le débat identitaire dans lequel risque de replonger le Québec prochainement?

Philippe Couillard a aussi mis en garde son parti, qui vient de subir la plus cinglante défaite électorale de son histoire sesquicentenaire, de ne pas succomber à la tentation d’imiter les adversaires. Le Parti libéral, a-t-il insisté, doit rester fidèle à ses valeurs et surtout «ne jamais les marchander pour quelques votes».

Si M. Couillard quitte avec un bilan positif et laisse la province dans une bonne situation économique et financière, il est celui qui aura conduit les libéraux à cet échec électoral sans précédent. La reconstruction sera longue au PLQ et il est nécessaire de reprendre contact avec l’électorat francophone, groupe au sein duquel la colère et la lassitude étaient particulièrement exacerbées. Philippe Couillard, en quelque sorte, a payé le prix de cette exaspération populaire.

Parce que spontanément, ce que l’on retient des années Couillard, c’est l’austérité. C’est le premier mot qui vient à l’esprit, pour le moment du moins. Le principal intéressé s’est toujours défendu en insistant sur le fait qu’il y avait un coup de barre à donner, ce dont personne ne doute. Philippe Couillard a eu raison de vouloir réduire le poids de la dette dans l’économie du Québec, mais il s’y est probablement pris trop rapidement. L’opération a causé de lourds dommages collatéraux dans tous les tentacules de l’État. Les plus visibles auront été dans la mission sociale de ce dernier.

Cette «rigueur», comme il préférait lui-même l’appeler, n’était assurément pas payante pour les libéraux, même s’ils ont tenté de recoller des morceaux et de distribuer des millions au cours des dix-huit derniers mois.

Philippe Couillard restera aussi pris avec certaines étiquettes plus ou moins fondées: un premier ministre cérébral, peu sensible, qui a favorisé ses amis médecins, qui manquait d’écoute, qui n’était pas toujours un homme de parti.

Mais au-delà de ces impressions, Philippe Couillard a servi l’État québécois pendant quatre ans comme premier ministre. S’il y a eu des écueils, il y a aussi eu des succès. L’homme lui-même n’aura jamais fait l’unanimité. Et il a su, après une défaite presque humiliante de ses troupes, quitter avec classe.