Qui donc remettra Trump à sa place?

Theresa May aurait eu toutes les raisons d’envoyer paître Donald Trump vendredi. Plus tôt cette semaine, Angela Merkel les aurait eues aussi. Avant elles, notre Justin Trudeau a probablement dû se retenir pour ne pas échapper de gros mots envers le président des États-Unis. Personne parmi les leaders du monde ne semble disposé à se lever et à dénoncer son attitude méprisante, ses propos incohérents, ses mensonges, son incompétence et son entêtement.

Le sommet de l’OTAN et la visite de Trump au Royaume-Uni, cette semaine, ont démontré que Donald Trump est un goujat de la pire espèce. Insulter des alliés et formuler des reproches à des hôtes ne sont certainement pas les bases de saines relations diplomatiques, mais si les victimes encaissent sans broncher, cela finit certainement par établir un rapport de force en faveur du bourreau.

Il fallait quand même tout un culot pour critiquer aussi vertement la première ministre britannique Theresa May. Dans une entrevue fracassante accordée au quotidien The Sun, il a notamment affirmé que le plan pour un Brexit modéré – approche prônée par Mme May – allait anéantir les possibilités d’échanges commerciaux entre Londres et Washington. Il a aussi déclaré que l’ancien ministre des Affaires étrangères, Boris Johnson, ferait un «excellent» premier ministre, alors que ce dernier a claqué la porte du cabinet plus tôt cette semaine.

Vendredi, il a réfuté ces propos, les qualifiant – comme à son habitude – de fake news et blâmant – comme à son habitude aussi – les médias. Il a indiqué ne pas avoir critiqué la chef du gouvernement britannique.

Or, le Sun a vite fait de déposer sur son site web l’enregistrement audio de l’entrevue avec le président, au cours de laquelle on l’entend pourfendre la première ministre May et son approche.

Dans cette entrevue, il s’en est aussi pris au maire de Londres, Saddiq Khan, qui a autorisé des manifestants à faire voler un ballon géant représentant Trump en bébé colérique vêtu seulement d’une couche aux fesses. On devrait tous remercier le maire de Londres de ne pas avoir cédé à la pression d’une diplomatie hypocrite et d’avoir honoré le respect de la liberté d’expression.

La colère contre Trump est donc venue de la rue. Des dizaines de milliers de manifestants ont rempli les rues de Londres et d’autres ont protesté dans une cinquantaine de villes du Royaume-Uni pour dénoncer les positions de Donald Trump.

Il fallait aussi du culot pour déclarer, en marge du sommet de l’OTAN, que «l’Allemagne est complètement contrôlée par la Russie» et qu’«elle est prisonnière de la Russie», en faisant allusion à la dépendance allemande et européenne au gaz russe.

Ajoutons à cela quelques tweets incendiaires et nous avons le scénario d’une semaine complètement déconcertante, sorte d’hebdomas horribilis pour ces pays qu’on considère généralement alliés des États-Unis.

Mais pour Trump, tant que la grogne restera dans les foules et dans les médias, il s’agit d’une autre semaine ordinaire au bureau, quoique conclue par du golf en Écosse au lieu d’en Floride. Le président peut se frotter les mains d’avoir obtenu de ses alliés que ceux-ci augmentent rapidement à 2 % de leur PIB leur contribution financière à l’OTAN. Tant que les chefs d’État et les chefs de gouvernement feront des courbettes devant l’abject président, celui-ci pourra continuer de les manipuler à sa guise. Le problème – et il est majeur – c’est que son intelligence fait souvent défaut et qu’il risque d’entraîner dans sa bêtise d’autres chefs d’État normalement plus compétents que lui.

Les alliés de Trump et Amérique du Nord et en Europe pourraient, à défaut de rompre leurs relations diplomatiques et commerciales avec les États-Unis, exiger un interlocuteur autre que le président.

Cela pourrait permettre d’éviter qu’on assiste à un one-man-show surréaliste, truffé d’entorses au protocole et aux normes élémentaires de politesse.