Le cannabis aura beau être légalisé, on se demande bien à quel endroit il sera possible d’en consommer.

Quelque chose de kafkaïen

On n’a pas fini d’entendre parler de certains problèmes directement reliés à la légalisation du cannabis. On a eu droit à un bel exemple, cette semaine, avec la déclaration du maire de Saint-Jérôme, qui souhaite instaurer une interdiction étendue de consommer du cannabis dans les lieux publics de la ville. Si certains collègues décident de l’imiter, dans la mesure où la loi provinciale donnerait une latitude aux Villes, on se dirige tout droit vers une belle grosse absurdité.

Le cannabis aura beau être légalisé, on se demande bien à quel endroit il sera possible d’en consommer. Surtout si des propriétaires interdisent à leurs locataires de consommer à l’intérieur de leurs logements. Déjà, l’Association des propriétaires du Québec et la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ) réclament le droit de modifier les baux afin d’interdire aux locataires de fumer de la marijuana dans leurs logements.

Advenant une interdiction de fumer de la marijuana dans des lieux publics ou sur la voie publique, et avec les contraintes qui existent déjà pour l’usage du tabac à l’extérieur des bâtiments, des immeubles à bureaux, des commerces et des restaurants, il ne resterait plus que le domicile, la résidence privée pour consommer du cannabis. Encore faudra-t-il être propriétaire de cette unité de logement – la situation sera d’autant plus complexe pour les propriétaires de condos – ou avoir l’accord du proprio si on est locataire.

Au Québec, le pourcentage de ménages locataires se situe autour de 38 %. À Trois-Rivières, c’est plus élevé encore, à 42 % environ.

Au Canada, il n’existe pas – du moins pas encore – de lieux où il est possible de consommer de la marijuana en toute quiétude.

Bref, on risque fort de se retrouver dans une situation kafkaïenne où de nombreux locataires seront privés de la jouissance d’un droit nouvellement consenti par le gouvernement fédéral.

Les villes et municipalités se retrouvent donc, bien malgré elles, avec un rôle important à jouer pour que le droit de consommer du cannabis puisse être utilisé par ceux qui le souhaitent et qui ne sont pas propriétaires d’une maison.

La position de la Ville de Saint-Jérôme, annoncée plus tôt cette semaine, est sans doute beaucoup trop précoce. Et elle annonce déjà la confrontation entre l’approche «tabac» et l’approche «alcool» pour ce qui est de l’encadrement qu’on doit accorder à la consommation du cannabis.

Jeudi, le cabinet de la ministre déléguée à la Santé publique, Lucie Charlebois, confirmait que les villes pourraient aller plus loin que les balises qui seront définies par la loi provinciale si elles le souhaitent. Il sera possible, dit-on, d’interdire de fumer du cannabis dans d’autres lieux que ceux qui seront déjà proscrits par la loi.

Il s’agit là d’un grand risque. On pourra se retrouver avec des réglementations différentes selon qu’on change de ville, de quoi semer la confusion la plus totale.

Déjà, l’Union des municipalités du Québec souhaite que Québec permette aux villes d’établir une réglementation qui répondra à leurs attentes. Mais pendant ce temps, des maires des souhaiteraient plutôt que le gouvernement établisse un cadre réglementaire uniforme pour ne pas avoir à porter l’odieux d’éventuelles interdictions additionnelles. Les villes, il est vrai, ont bien d’autres chats à fouetter.

Les maires de chez nous – Lévesque, Dubois, Angers, principalement – ont parfaitement raison. Il faut que ce soit le même règlement pour tous, sinon ce sera ingérable.