François Legault

Quelle place pour la région?

La vague caquiste qui a déferlé lundi sur le Québec francophone n’a pas épargné la Mauricie, qui a une fois de plus «voté du bon bord». Maintenant que ses quatre circonscriptions passent aux mains de la Coalition avenir Québec et que le Centre-du-Québec demeure caquiste sans grande surprise, il sera intéressant de voir quel rôle attend les députés, nouveaux et anciens, au sein de ce nouveau gouvernement.

Cette élection n’aura pas été une élection traditionnelle. D’abord parce que pour la première fois en quarante-huit ans, le gouvernement sera formé par un parti autre que le Parti libéral ou le Parti québécois. Ensuite parce que le clivage entre la métropole et les régions, sur le plan politique, devient encore plus marqué. Enfin parce que la gauche, incarnée par Québec solidaire, réussit une poussée comme elle n’avait jamais réussi à faire auparavant.

Dans la région, la vague caquiste aura été plus forte que ce que bien des observateurs croyaient et plus forte que ce que bien des sondeurs prévoyaient. Les quatre députés libéraux sortants sont tombés au combat, sans même que ce soit serré. La poussée de la CAQ était forte à un point tel que les candidats libéraux du coin n’ont même pas pu espérer que leur notoriété ou leur personnalité puisse faire une différence.

En fait, le malaise des libéraux est beaucoup plus grand. Le parti de Philippe Couillard subit une raclée à ce point violente dans le Québec francophone et le Québec des régions que la reconstruction de ponts sera ardue. C’est d’autant plus vrai dans la région.

C’est aussi vrai pour le Parti québécois, qui à part des exceptions comme Joliette, Marie-Victorin, disparaît de la carte politique de l’ouest, du sud et du centre du Québec. Là aussi il y a une confiance à rétablir.

Un parti comme Québec solidaire, en nette progression, semble donc réussir à mieux parler aux électeurs des régions. Quand des circonscriptions comme Sherbrooke ou Rouyn-Noranda–Témiscamingue élisent des députés de ce parti, il est tout à fait permis de croire que les électeurs de circonscriptions au profil démographique semblable, comme Trois-Rivières, pourraient un jour être tentés d’élire un député solidaire. La performance des candidats de ce parti, dans la région, est d’ailleurs honorable, avec des scores préliminaires oscillant entre 11 % et 18 %.

En devenant bleu caquiste, la Mauricie devient le miroir politique du Centre-du-Québec, qui était déjà peint de cette couleur. Avec la victoire des candidats vedettes que sont Sonia LeBel, dans Champlain, et Jean Boulet, dans Trois-Rivières, et de députés comme Donald Martel, dont les états de service à la CAQ ne sont pas négligeables, ce n’est pas le choix qui manque à François Legault pour constituer son conseil des ministres.

Le problème qui se pose, c’est que François Legault se retrouve avec une équipe plus nombreuse que prévu et que, par conséquent, le nombre de députés ministrables est plus élevé. Il y a des députés caquistes en poste depuis suffisamment longtemps pour avoir été députés adéquistes. Parce qu’ils se retrouvent maintenant du côté du parti formant le gouvernement, les attentes peuvent être grandes.

Mais dans le casse-tête qui attend le premier ministre élu, les morceaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec deviennent importants. Et compte tenu de la qualité des joueurs en présence, François Legault serait malavisé de ne pas nommer au moins un ministre dans chacune de nos deux régions, de part et d’autre du fleuve.

Des ministres qui pourront rappeler à leur chef que bien des entreprises d’ici comptent sur l’immigration pour combler des besoins de main-d’oeuvre. Ou que la région est assez fortement opposée à l’exploration et à l’exploitation des hydrocarbures.

En plus de devoir apprendre les rouages parlementaires, nos nouveaux élus auront du travail. Souhaitons que leur voix soit assez forte.