Quand l’équipage doit prendre le relais

On a souvent utilisé le vocabulaire de la marine et de la navigation pour parler du maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque. Pour évoquer ce capitaine de bateau capable d’affronter les tempêtes, de mener le navire à bon port, de naviguer sur des mers agitées. Cette fois, c’est l’équipage qui doit prendre le relais.

On savait que le maire n’allait pas bien. L’été nous avait laissé de nombreux indices à cet effet. Il était anormal de ne pas voir le maire dans des grands rassemblements festifs, notamment. Il était tout aussi inquiétant de ne pas le voir prendre part à des activités protocolaires importantes: inaugurations, visites de ministres dans la région, rencontre des maires. Il était étonnant, enfin, de le voir absent de séances de travail de haute importance pour le conseil municipal, notamment celle sur le budget et les immobilisations.

Mercredi, la nouvelle est tombée. Le maire est officiellement en arrêt de travail. Déjà, il avait ralenti ses activités et ses présences dans des activités publiques, mais cette fois, c’est le billet du médecin qui semble avoir eu le dessus sur les capacités habituellement très énergiques d’Yves Lévesque. Cette pause doit lui être salutaire et il convient de respecter cette situation aussi délicate qu’inhabituelle sur la scène municipale.

Si le contexte politique à l’hôtel de ville pouvait expliquer certaines sautes d’humeur et autres expressions d’exaspération et de lassitude de la part du principal intéressé, il ne pouvait pas justifier un arrêt de travail. Ce dont il est question, cette fois, c’est de l’état de santé du maire. Et on ne rigole pas avec ça.

Sur sa page Facebook, mercredi, Yves Lévesque confirmait que cette «décision» de se retirer temporairement de ses fonctions faisait suite aux recommandations de son médecin. «Ceux et celles qui me connaissent savent qu’il en faut beaucoup pour m’arrêter. Mais il vient un moment où l’on doit s’écouter, et c’est ce que je fais aujourd’hui», a-t-il mentionné.

Yves Lévesque sera en congé au moins jusqu’aux Fêtes, nous dit-on du côté de l’hôtel de ville. La mairesse suppléante, Ginette Bellemare, le remplacera. Il faut dire que depuis trois mois, elle est bien rompue à cette tâche puisque les occasions de remplacer le maire ont été nombreuses au cours de l’été, même s’il s’agit d’une période politiquement et administrativement moins chargée.

Il y a d’ailleurs quelque chose de rassurant d’entendre les membres du conseil municipal dire qu’ils feront tout pour soutenir leur collègue du district de Richelieu dans cette période de suppléance. S’il y a une chose qui doit rassurer les citoyens, c’est que l’équipage est parfaitement qualifié pour prendre le relais.

Il est en train de s’installer, au sein du conseil, une solidarité et une relative harmonie que plusieurs croyaient impossible dans les semaines ou les mois qui ont suivi l’élection de novembre dernier. Même entre des conseillers qu’on disait d’«allégeances différentes». Et ça, c’est plutôt une bonne nouvelle pour la suite des choses, notamment pour la préparation du budget et du PTI, un des gros morceaux de l’automne.

Quant à Yves Lévesque, il est difficile de prévoir ce qui l’attend. Il n’y a pas si longtemps, il disait ouvertement être tenté de faire le saut au fédéral pour les conservateurs, en prévision des élections de 2019. Déjà, cette situation était discutable parce qu’elle aurait pu forcer la tenue d’une élection à la mairie, voilà qu’elle devient hypothétique compte tenu de son état de santé.

Il serait dommage que cette conjoncture l’empêche de poursuivre ses ambitions, peu importe que ce soit au municipal ou au fédéral. Yves Lévesque en est à son cinquième mandat à la tête de Trois-Rivières. Si certains inconditionnels étaient prêts à le plébisciter à vie dans cette fonction, d’autres électeurs disaient déjà qu’il s’agissait du mandat de trop.

La bonne nouvelle, si on peut parler ainsi dans les circonstances, c’est qu’Yves Lévesque réalise qu’il n’est pas l’homme invincible et tout-puissant qu’il croyait être.

Il est humain, tout simplement.